Mardi 18 août 2009
 
Dans le cosmos, une grande planète flotte entourée de deux grands
disques. Ces deux disques sont les royaumes des défunts. Ces défunts ne sont
pas Humains car les âmes humaines se désintègrent à la mort du corps
physique. Les âmes existant sur ces deux appartiennent à un très ancien peuple
d'Ambelymë.

Ambelymë est le nom de la fameuse planète. Sur son hémisphère nord,
elle comporte six continents, dont l'un, au sud-est, se nomme Astraië.
Le plus grand des disques s'appelle le Domaine Hors Du Monde. C'est là
que vit Kemula, la plus talentueuse conteuse d'Ambelymë. Gardienne du
Domaine et de l'Histoire de ce monde, elle a une mémoire fantastique et peut
raconter des histoires qui ont disparu depuis longtemps de la mémoire des
autres personnes.

Parmi les défunts, une jeune âme a une passion dévorante pour ces récits.
Cette passion est si intense qu'elle est capable de cesser ses jeux préférés pour
les écouter. Elle s'appelle Tiora et est le rayon de soleil du Domaine. Enjouée et
curieuse, elle pose sans cesse des questions sur tout, se soucie des autres. Elle a
le rire facile et ses yeux brillent comme des étoiles. Il est vraiment regrettable
qu'une nature si exubérante ait été arrachée si tôt à la vie.

Un jour, tandis qu'elle se promenait dans le centre du disque, dans cette
région de grottes et de galeries souterraines connues sous l'appellation Les
Allées des Souvenirs, Tiora entra par hasard dans l'une de ces grottes. Elle faillit
ne pas la voir car l'entrée était presque invisible. En fait, elle tomba dedans plus
qu'elle n'y entra. La salle était toute petite et un faible rayon de lumière
l'éclairait. Par bonheur, elle avait les yeux perçants de son peuple et ce chiche
éclairage ne la gênait en rien.

Son naturel la poussa à explorer la grotte. Elle commença par la gauche et
ne découvrit rien de bien intéressant. Le sol et la paroi se rejoignaient en un
angle doux, souligné par des pierres de toutes tailles aux arêtes aiguës. Elle n'en
continua pas moins son exploration. Son caractère optimiste la poussait à penser
que si elle persévérait elle finirait par faire des découvertes.

C'est bien ce qui arriva. Elle se cogna dedans car, intriguée par un jeu de
lumière, elle ne regardait pas où elle marchait et tomba sur les fesses. Tout en se
frottant le front et en grimaçant, elle leva les yeux sur l'objet contre lequel elle
avait buté. Ses yeux s'agrandirent d'étonnement. Bouche bée, elle vit une
immense statue qui touchait presque la voûte.

Oh, quelle était étrange cette statue ! Tiora n'en avait jamais vue de
pareille. A première vue, c'était l'effigie d'une jeune fille. Au lieu d'avoir des
oreilles pointues, les siennes étaient rondes. Ce premier point était déjà bizarre.
C'était surtout ses yeux que la petite âme trouvait insolites. Les yeux que la
fillette avait vu jusqu'à présent étaient plus grands et sans pupille. Ceux-là
avaient une pastille dans chaque oeil, ce qui les rendait effrayants. D'aspect
général, cette jeune fille était jolie. Elle était mince, avait de longs cheveux
ondulés et un visage avenant. Elle était tout de même de conformation
légèrement plus robuste que le délicat Ancien Peuple.

Tiora remarqua qu'il y avait d'autres statues. Une était semblable aux
Anciens : une grâce qu'eux seuls possédaient, avec les oreilles pointues et les
yeux sans pupille. D'autres avaient des pupilles verticales et des oreilles
pointues. L'une des statues était même dotée d'une superbe paires d'ailes.
La petite âme n'en pouvait plus de curiosité. Elle désirait savoir qui était
ces statues et quelle était leur histoire et pourquoi elles étaient là. Donc, elle
chercha le moyen de sortir de cette grotte et de rejoindre Kemula.

Ce ne fut pas bien compliqué. L'entrée n'était pas située bien haut et Tiora
possédait l'agilité de son peuple. Elle fut dehors en moins de temps qu'il n'en
faut pour le dire. Elle retourna ensuite dans la région qu'affectionnait Kemula,
celle où croissait l'arbre sous lequel elle s'asseyait pour raconter ses histoires, le
Frêne de la Conteuse.

Kemula, dont le nom signifie la Brodeuse, conversait avec quelques âmes
adultes lorsque Tiora arriva, rouge d'excitation. Un sourire fleurit sur son
visage. Quand elle avait vu arriver cette âme d'une si grande jeunesse, elle avait
été prodondément attristée. Au début, Tiora s'était sentie perdue dans sa
nouvelle existence et dans ce nouveau monde et elle pleurait souvent. Kemula
l'avait prise sous protection et une tendresse maternelle la liait à l'enfant. Tiora
était un peu sa fille.

- Dis, Kemula, que sont ces statues dans la grotte ?
La Brodeuse regarda Tiora sans comprendre de quoi elle voulait parler.
- Quelles statues ? Quelle grotte, Tiora ?
- Mais oui, tu sais la toute petite grotte dans les Allées des Souvenirs, avec les
statues de gens étranges.
Kemula mit plusieurs secondes avant de saisir de quoi Tiora voulait parler.
- Je vois parfaitement. Tu aimerais connaître l'histoire de ces statues, Tiora ?
- Oh, oui, oui !
- Nous aussi, nous sommes curieux de la connaître, dit l'une des âmes avec
lesquelles Kemula discutait avant l'arrivée de Tiora.
- Très bien. Tiora réunis tout le monde dans la prairie du frêne. Je vous rejoins
dans quelques instants.

La prairie fut entièrement recouverte par une foule d'âmes toutes plus
désireuses d'écouter une nouvelle histoire. Kemula arriva en tenant plusieurs
rouleau de parchemin.

- A la demande de notre Tiora, je vais vous raconter l'histoire des statues dans la
petite grotte des Allées. Elle se déroule sur le continent nommé Astraië. La
première statue que tu as vu, Tiora, représente l'héroïne de cette histoire, une
jeune fille humaine appelée Muirgen. Ces parchemins contiennent les cartes, les
images et tous les documents témoignant de la véracité de ce récit.

Par Ithilindil - Publié dans : Premier Rouleau : le Chant des Sidhs - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Dimanche 11 octobre 2009

  L'histoire de Muirgen débute en 1450 de l'Ère de l'Aigle, sur le continent d'Astraië. Sa partie extrême-occidentale, de superficie plus petite que le reste de la terre, était isolée de la partie orientale par une immense chaîne de montagnes que les dieux avaient rendues infranchissables.

 

  

A l'est de ces montagnes, il y avait un petit royaume appelé Aleutherian.

Gouverné par la dynastie des Juzen, le pays était stable et prospère. Il exportait le marbre de ses montagnes, des pierres précieuses comme le péridot et le grenat et sa viande bovine était réputée jusqu'à l'Empire d'Alisard, plus loin vers l'Est.

 

La région où ces boeufs étaient élevés, située au sud-ouest, était la plus fertile de toutes. Elle étalait ses prés et ses champs verdoyants jusqu'à Ternimbourgh, sa ville principale, au nord-ouest jusqu'aux montagnes au sud. La qualité de son herbe était due à un bon ensoleillement et à des rivières abondantes. Le fleuve Lorange, encore étroit et limpide, baignée les faubourgs de Ternimbourgh. Ses eaux étaient poissonneuses. Il y avait aussi des forêts giboyeuses, où les villageois et même les citadins allaient chasser pour améliorer leur ordinaire.

 

Ternimbourgh, orientée est-ouest, était une cité admirable. Ses pierres provenaient des montagnes de Guerys, dans le sud de la région. Très facile à tailler, ces pierres étaient d'un bel ocre clair avec des arabesques beige. Les Ternimbourgheais recouvraient leurs maisons d'un toit de tuile rouge orangé. Selon les quartiers et la richesse des habitants, les demeures étaient plus ou moins grandes, plus ou moins belles.

 

La colline étant réservée au château, les quartiers s'étendaient au-dessous. Les quartiers les plus proches de la colline étaient réservés aux résidences des grands personnages. Les rues étaient larges, pavées, bien entretenues et ombragées par de grands arbres. Des carrosses y circulaient à toute heure du jour et de la nuit. Des cochers en livrée guidaient des chevaux pimpants. Des gouvernantes menaient les enfants des bonnes familles sur les trottoirs. De chaque côté de la rue, de vastes parcs entouraient des maisons qui aurait pu facilement abriter deux famille de douze personnes.

Les quartiers suivants étaient ceux des métiers. Toutes les corporations y étaient entassées. Les rues étaient plus étroites, les maisons étaient remplacées par des immeubles de deux ou trois étages, aux murs en partie recouverts de lierre et de glycine. Les appartements étaient petits, deux pièces le plus souvent, quelques fois trois, rarement quatre. Ils abritaient des familles nombreuses, plusieurs générations pouvant vivre dans la même pièce. Le rez-de-chaussée était réservé aux échoppes. Les rues étaient plus populeuses, les gens habillés plus simplement et les seuls véhicules qu'on y croisait étaient des carrioles ou des pousse-pousse.

 

Les quartiers au bord du fleuve étaient des quartiers agricoles. Les maisons étaient modestes, elles avaient des cours où s'ébattaient la volaille et les cochons. Les rues, en terre battue, étaient boueuses. Les troupeaux de vaches et les charrettes qui y circulaient sans cesse ne contribuaient pas à les maintenir au sec. Au-delà du fleuve s'étendaient les champs et les prés.

 

De tous les quartiers, le quartier agricole était sans doute celui où les gens étaient les plus chaleureux. Malgré la rudesse de leur vie, ils étaient souriants et avaient la conversation facile.

 

Au-dessus de tout cela, comme je l'ai dit plus tôt, il y avait le château du seigneur de la région. Un mur surmonté d'une grille en fer forgé encerclait la base de la colline. La partie sud de cette enceinte était percée d'un grand portail en pierre frappé du blason des Juzen :de pourpre, au lion d'or rampant à la queue nouée.

 

Depuis le portail jusqu'à la grande arche d'entrée, une allée dallée et ombragée par des tilleuls et des hêtres montait en spirale. De part et d'autre, la pelouse se déployait. Des parterres de fleurs, des fontaines et des petits bosquets formant des clos l'ornait. Ces clos cachaient souvent des bancs où les amoureux pouvaient se retrouver sans être dérangés.

 

Le château dressait ses tours et ses tourelles vers le ciel. Malgré qu'il fût plus petit que le château de la capitale, il était facile de s'y perdre car ses couloirs formaient un véritable labyrinthe. Les salles du bas étaient destinées à l'administration. Les salles du premier étage donnant sur le sud comportaient les salles de réception. Les cuisines et les communs étaient situé dans les salles nord. Comme les réserves de vivres étaient entassées dans la cave au sous-sol, il y avait un système ingénieux de monte-charges intégré dans les murs. Le deuxième étage était réservé au seigneur, Alan Juzen de Ternimbourgh.

 

A vingt-sept ans, Alan Juzen était un seigneur respecté de ses pairs et aimé de ses sujets. Les femmes de tous âges lui vouaient une admiration sans bornes. Il faut dire qu'il était bel homme. Il était grand, ses épaules étaient larges et sa taille étroite. Son visage, finement ciselé, était encadré de mèches mordorées et ses yeux avaient l'éclat du topaze.

 

L'hiver s'achevait. Des plaques de neige couvraient les prairies ici et là. Le froid encore mordant obligeait les gens à se vêtir chaudement. Au château régnait une effervescence peu commune. Selon la tradition aleutheriane, le seigneur devait parcourir ses terres afin de voir comment vivaient ses sujet et s'enquérir auprès d'eux d'éventuelles doléances. Pour cela, les servantes lui préparèrent ses plus beaux habits, les palefreniers ses plus beaux chevaux et son carrosse le plus confortable.

 

Il n'y avait pas très longtemps, avant de devenir le seul seigneur de la région de Ternimbourgh, Alan avait eu plusieurs courtisanes. Sa vie avait été agréable et excitante jusqu'à la mort de son oncle. Après l'enterrement de ce dernier, le jeune homme avait été obligé de reprendre les commandes de la seigneurie. Les premiers temps, cela lui avait été pénible. Lorsque le précédent seigneur était encore en vie, Alan participait en dilettante aux réunions. Il avait appris un peu comme il le voulait et quand il le voulait les règles pour bien gouverner. Après, il n'avait pas pu faire autrement que d'assister à toutes les réunions et d'apprendre avec ardeur comment bien gérer son héritage. Cela n'avait pas été une mince affaire mais il avait su se faire respecter des conseillers et du peuple.

 

Au début, les conseillers n'avaient pas cessé de le comparer au précédent seigneur et Alan avait dû taper du poing sur la table et de s'affirmer. Afin de se défaire de son image de jeune homme à la vie dissolue, il avait congédié les quatre courtisanes qui logeaient au château. A la première, Lidwine, il avait offert le manoir de Polsinn, dans le nord de la région. La deuxième, Cailleagh, fille d'un notable avait hérité d'un petit domaine dans l'ouest. Malhena, la troisième, avait épousé un prince étranger.

 

Pour la quatrième, cela avait été plus difficile. Marilène était la seconde fille d'un riche marchand de Ternimbourgh. Jolie, elle avait attiré l'attention d'Alan. Seulement, sa beauté était son seul atout. Elle n'était pas très fine et n'avait pas beaucoup de tact. Fière d'être montée dans l'échelon social, elle traitait les domestiques et les gens de la ville comme des moins-que-rien. Lorsqu'Alan avait décidé de renvoyer les courtisanes, alors que les trois premières avaient accepté cette décision sans protester, Marilène avait cru qu'il la garderait et avait déployé des trésors d'artifices pour l'en persuader. Cela n'avait servi à rien et elle avait fait une scène pénible quand il lui fallut partir. Depuis personne ne savait ce qu'elle était devenue.

 

Dans la blanchisserie, deux lingères bavardaient tout en lavant et repassant les vêtements du seigneur. Mellony, la plus jeune, posa le gilet qu'elle pliait et repoussa une mèche de cheveux noirs derrière son oreille.

- Notre seigneur a bien changé depuis qu'il a pris les pleins pouvoirs. Avant, il ne se passait pas un jour sans qu'il erre dans les couloirs à la recherche d'une conquête pour la nuit. A présent, nous ne le voyons presque plus.

- Tu as fait partie de ses conquêtes, Mellony ?

- Nous nous connaissons depuis l'enfance et nous n'avons jamais été attiré l'un par l'autre. Je le considère comme mon grand frère et lui me considère comme sa soeur, je crois.

 

Un peu plus tard, on frappa timidement à la porte des appartements d'Alan. Ce dernier leva la tête du courrier qu'il était en train de lire – c'était des doléances venant des fermiers du sud-est- et répondit :

- Entrez !

Puis il se replongea dans sa lecture.

- Où dois-je mettre cela, monseigneur ?

La voix lui fit lever les yeux. Il fut surpris en voyant qui était entré.

- Mellony ? Je ne savais pas que tu étais femme de chambre, maintenant.

- Je ne le suis pas mais Vanda était malade et toutes les femmes de ménage ont été réquisitionnées pour préparer votre voyage, monseigneur.

Alan fronça les sourcils.

- Mellony, nous sommes amis depuis notre plus tendre enfance, arrête de m'appeler monseigneur et de me vouvoyer.

- Bien, monseigneur. J'essaierai de vous satisfaire.

- Mellony !

La jeune fille rougit et baissa brusquement la tête. Alan se leva et, en trois enjambées, fut auprès d'elle. Il mit un doigt sous son menton et l'obligea à lever la tête.

- Comme tu es pompeuse, petite Mellony. Depuis quand y a-t-il une si grande distance entre toi et moi ?

- Vous êtes le seigneur et moi une simple blanchisseuse.

- Tu n'es pas une simple blanchisseuse. Tu es ma petite soeur, ma meilleure amie. Mellony, si cela peut t'ôter toute gêne, nous nous vouvoierons en public. En privé, nous retrouverons nos anciennes habitudes.

 

Elle se dégagea doucement et secoua la tête.

- Non, monseigneur. Nous ne pouvons pas nous voir en privé. Les gens ne seraient pas d'accord et cela pourrait vous causer du tort. Je ne veux pas vous causer des ennuis.

Elle posa rapidement les vêtements qu'elle avait apporté sur la table prévue à cet effet et se détourna pour sortir. A ce moment, une étreinte de fer s'abattit sur son poignet. Les yeux d'Alan lançaient des éclairs dorés. Il était visiblement furieux. Il vit les larmes qui perlaient sur les cils de Mellony, soupira et la lâcha.

 

La jeune fille retourna à la blanchisserie, bouleversée. Sa patronne et amie, inquiète, lui demanda ce qu'il s'était passé avec Alan Juzen.

- Rien, madame. Il n'y a rien eu de grave. Ne vous en faites pas pour moi.

- Rien de grave ? Tu parles ! Tu es toute retournée.

Mellony éclata en sanglots. La patronne la prit dans ses bras et la berça comme une enfant.

- Ida, je veux quitter le château, dit la jeune fille d'une petite voix.

- Alors, il s'est bien passé quelque chose. Dis-moi ce qu'il y a.

- Il ne s'est rien passé, Ida, mais je veux quand même partir. Ce sera mieux.

 

Après que Mellony eut quitté la pièce, Alan retourna lire son courrier. Ses prérogatives de seigneur accaparèrent de nouveau son esprit. Il ne pensa bientôt plus à l'incident.

 

En début d'après-midi, Alan quitta Ternimbourgh en carrosse pour son voyage de trois semaines à travers son fief. Les soleils étaient voilés et l'air sentait la pluie. Il serra contre lui sa cape de voyage. Deux jours plus tard, Mellony quitta Ternimbourgh et se rendit dans une région plus à l'ouest.

 

Alan Juzen débuta son périple par les villages du sud-est dont il avait reçu les plaintes. La route entre Ternimbourgh et ces contrées sillonnait à travers des bocages où paissaient de beaux troupeaux, des forêts giboyeuses. Elle croisait des villages et enjambait des rivières impétueuses.

 

Le sud-est était séparé du reste de la seigneurie par une chaîne de moyennes montagnes. Une étroite gorge reliait les deux régions. Arrivé devant l'entrée, le cocher arrêta le carrosse et frappa un coup contre la paroi pour attirer l'attention de son seigneur.

- Qu'y a-t-il ? demanda celui-ci qui, plongé dans ses lectures, n'avait rien remarqué.

- Monseigneur, le carrosse ne peut passer à travers ce défilé, dit le cocher. Il nous faudrait contourner les montagnes.

- Non, ce serait bien trop long et je ne veux pas perdre de temps. Tant pis pour le carrosse. J'irai à cheval. Toi, tu iras m'attendre à notre prochaine étape.

- Mais, monseigneur, vous ne pouvez pas y aller tout seul, sans escorte !

- Bien sûr que si. Prête-moi un cheval et aide-moi à le seller. Je n'ai rien à craindre, alors cesse de te faire du soucis.

Le cheval que choisit Alan était un étalon bai impétueux. Le jeune homme le maîtrisa rapidement, montrant ainsi qu'il était un cavalier émérite. Il fit ensuite quelques recommandations au cocher et piqua sa monture. Celle-ci partit au trot vers la gorge.

 

A peine fut-il entré qu'il fit plus noir, les parois si rapprochées et les nombreux arbres masquaient en partie la lumière diurne. Il faisait plus frais aussi et Alan songea qu'il avait eu raison de mettre sa cape de voyage. Sur sa droite, une rivière coulait en grondant. Son écho se répercutait partout et se mêlait au clop-pataclop des sabots du cheval. Le sentier était trop étroit pour laisser passer le carrosse et surtout il n'était pas propice à sa circulation. Les sabots du cheval percutait fréquemment des pierres et il fallait faire attention aux ornières.

 

Ce fut au milieu du parcours qu'Alan Juzen fit la rencontre. Dans cette partie de la gorge, le goulot se faisait encore plus étroit et grimpait fortement. On eut dit que la terre essayait de s'envoler vers le ciel.

 

Il avait plu les derniers jours et le sol était resté un peu glissant. Pour soulager son cheval, le seigneur mit pied à terre et le guida par la bride. Il faisait bien attention de ne pas glisser et d'éviter à l'animal de se blesser.

 

Soudain, son pied glissa sur une motte de terre qu'il n'avait pas vu. Déséquilibré, il tomba en arrière avec un grand, entraînant le cheval dans sa chute. Il était parvenu assez haut et ne doutait pas de se rompre le coup. « C'est idiot de mourir comme cela. »fut la seule pensée qui lui vint.

 

Aussi brusquement qu'elle avait commençait, sa chute s'arrêta. Alan sentit une résistance derrière lui qui l'empêchait de tomber plus bas. Sa première idée fut de s'assurer de l'état de son cheval. Celui-ci, quelques mètres plus bas, était couché sur le flanc et hennissait. Le jeune homme se leva péniblement et franchit les quelques mètres qui le séparait de l'animal. Tout en lui murmurant des mots de réconfort pour le calmer, il palpa ses membres et l'ausculta consciensieusement pour s'assurer qu'il n'était pas trop blessé. A son grand soulagement, hormis quelques égratignures, le cheval n'avait rien.

 

Sa deuxième idée fut de s'assurer que lui-même n'avait rien. Il avait bien quelques bleus et des coupures sur les bras et les jambes, que des broutilles. Il était chanceux.

 

Sa troisième et dernière idée fut de voir ce qui lui avait sauvé la vie. Il se retourna dans la direction où il avait senti la résistance, sur sa gauche. Sur un promontoire rocheux, une femme se tenait debout. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine et l'observait de ses yeux noirs. Une robe bleu ciel enveloppait ses courbes superbes à la peau bleu nuit. Ses cheveux bleu foncé, sertis de perles, cascadaient jusqu'à sa taille fine.

 

La beauté de cette inconnue laissa Alan sans voix. Incapable de bouger ou de prononcer un mot, il se contentait de la regarder. Elle sourit et parla. Sa voix était grave, bien modulée.

- Allez-vous bien, monseigneur ? Cette gorge est dangereuse en cette saison, vous savez. Il vaut mieux que je vous guide pour le reste du voyage, cela vous évitera d'autres incidents.

- Qui êtes-vous ?

- Moi ? Je suis Eale.

 

Eale entra ainsi dans la vie du seigneur de Ternimbourgh et ne la quitta plus.

 

Plusieurs semaines s'écoulèrent. Le printemps en était à ses balbutiements. C'était le mois d'Ostara. A son retour au château, Alan avait présenté Eale comme sa courtisane officielle, la seule. Il avait appris le départ de Mellony et son chagrin avait été atténué par la tendresse de ses relations avec Eale. Il avait aussi pris des décisions importantes pour améliorer la vie des fermiers de sa seigneurie.

 

* * *

 

Dans un couloir sombre et isolé, deux silhouettes masquées par leurs capuches, conversaient à voix basse. Personne ne venait jamais dans cet endroit lugubre et c'était pour cette raison qu'elles s'y étaient données rendez-vous.

 

- Comment avance les choses ? s'informa la silhouette la plus grande.

- Pas très vite, monsieur. Je presse mes hommes mais ceux-ci ont encore quelques scrupules.

- Fais en sorte qu'ils n'en aient plus. Nous devons être prêts à temps.

- Ce sera fait, monsieur. Soyez assuré sur ce point.

- Bien, vous pouvez disposer. Nous ne nous reverrons pas avant un moment.

 

Les deux hommes se séparèrent et retournèrent s'occuper de leurs affaires.

 

* * *

 

La nuit était tombée. Dans sa chambre, Alan s'adonnait au plaisir d'être dans les bras de la sublime Eale. Des vasques d'eau parfumée embaumaient. Des rideaux de satin et de gaze or et orangé isolait le couple. Les draps de satin s'harmonisaient avec la couleur des rideaux. La lumière des bougies, disposées dans des chandeliers de bronze, éclairait la peau sombre de la courtisane.

 

Un long moment plus tard, Eale se dégagea doucement des bras de son amant. Ce dernier ouvrit un oeil ensommeillé.

- Chut, monseigneur ! Continuez de dormir.

- Où vas-tu ? demanda-t-il, d'une voix pâteuse.

- J'ai des choses à faire, monseigneur, répondit-elle en se levant.

Elle effleura le visage du jeune homme et s'habilla.

 

A la demande expresse d'Eale, Alan lui avait fait préparer un appartement dans la plus haute tourelle, située au nord du château. Il ne l'avait pas fait de gaîté de coeur, préférant la garder nuit après nuit avec lui, mais n'avait pu résister aux désirs de la belle.

 

Une fois dans sa chambre, la jeune femme se ferma à clé afin de n'être surprise par personne. Elle se rendit dans son boudoir et ouvrit les portes de la grande armoire de bois noir. Parmi la multitude d'objets hétéroclites qui s'y entassait, elle choisit un miroir, un sachet de fleurs séchées et une carafe de bronze.

 

Elle remplit la carafe d'eau à la fontaine placée dans le coin nord-ouest de la pièce. Ensuite, elle plaça le miroir sur le sol, se posta à côté et traça un cercle avec les fleurs séchées. Elle s'agenouilla et versa de l'eau sur la surface du miroir. Une image se forma. Elle attendit que celle-ci devienne plus nette et regarda. Un visage apparut.

 

 

Par Ithilindil - Publié dans : Premier Rouleau : le Chant des Sidhs - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Dimanche 11 octobre 2009

- Muirgen ! Muirgen !

La jeune fille se retourna. La rue était pleine de monde mais seul un garçon d'une douzaine d'années la regardait.

- Yan ? Qu'y a-t-il ?

Le garçon paraissait affolé. Muirgen marcha jusqu'à lui, inquiète.

- Dis-moi ce qu'il y a, Yan ? Se passe-t-il quelque chose avec les enfants ?

 

Âgée de quatorze ans et demi, l'adolescente avait la charge de six orphelins dont le plus jeune, Ivor, avait seulement quatre ans.

- Un des enfants est-il malade ? poursuivit la jeune fille.

Yan, le plus vieux des enfants dont elle s'occupait, la secondait dans cette tâche.

- Non, tout le monde va bien. Il vaut mieux que tu viennes voir.

- Est-ce si pressé ? Je n'ai pas fini de faire les courses.

En disant cela, Muirgen montra le panier à provisions qu'elle avait à peine rempli.

- Oui, c'est pressé. Je ferai les courses à ta place. Tu me donneras la liste ?

- Très bien, je t'en ferai une. Allons-y.

 

La ville de Jelianis, située dans l'ouest du royaume d'Ikerijan, comptait deux mille habitants, dont une centaine d'orphelins et de mendiants. Muirgen, orpheline elle aussi, s'était installée dans une maison abandonnée du quartier nord-est de la cité. Ce quartier était le plus pauvre et le plus abandonné, mais il avait l'avantage de ne pas attirer l'attention des autorités et on pouvait loger gratuitement dans les demeures abandonnées.

 

La petite maison semblait écrasée par les deux grandes bâtisses qui l'entouraient. Yan la précédant, Muirgen monta les quelques marches du perron et entra. Ils suivirent un long couloir sombre avant de pénétrer dans une pièce sur la gauche. Cette pièce était un petit salon, éclairé par une petite fenêtre donnant sur une ruelle. Le mobilier se constituait d'un canapé, de deux fauteuils et d'une table. Tous ces meubles étaient déjà dans la maison quand Muirgen y avait aménagé. Grâce à Lian et Colleen, le logement était maintenu relativement propre.

 

Sur le canapé, un enfant grelottait, enveloppé dans une couverture. Muirgen ne l'avait jamais vu. Elle s'approcha de lui. Il était si petit qu'il était impossible de savoir son âge. Il pouvait très bien avoir six ans que dix ans. Son visage était mince et pâle avec deux grands yeux hagards. Ses cheveux châtains étaient collés contre son front moite.

 

La jeune fille le découvrit avec douceur. Son corps était si maigre que ses os saillaient sous sa peau blafarde. Il n'y avait pas de doute, cet enfant était un petit mendiant. Il maintenait convulsivement un linge rougi contre son ventre. Lorsque Muirgen voulut toucher, il cria et elle retira précipitamment sa main.

 

- Je ne veux pas te faire de mal, dit-elle doucement. Je veux juste voir ta blessure pour te soigner.

Les yeux bleu nuit la fixaient. Muirgen ne savait pas s'il comprenait ce qu'elle lui disait.

- Il est en état de choc, fit-elle, en se tournant à demi vers Yan. Racontez-moi comment il est arrivé ici.

- C'est moi qui l'ai découvert, dit Colleen. Je revenais du lavoir et je l'ai vu, évanoui sur le perron.

- Colleen, tu vas m'aider à le soigner. Lian, occupe-toi de Jarlis, Ivor et Maxence. Yan, va chercher des herbes médicinales chez l'apothicaire.

 

Restée seule avec l'enfant, Muirgen approcha un fauteuil du canapé et s'y assit. Le petit garçon ne la quittait pas des yeux. Elle lui parlait pour le rassurer et pour lui démontrer qu'il n'avait rien à craindre. Finalement, il accepta qu'elle regarde sa blessure. La plaie était large et saignait beaucoup. Muirgen appela Colleen et lui demanda de faire bouillir du linge propre.

 

Les jours suivants, Muirgen se consacra au jeune mendiant. Colleen continua à l'aider, pendant que Lian continuait de s'occuper des plus jeunes. Yan s'était chargé de faire les courses et de vendre les bijoux et broderies que les filles fabriquaient. C'était leur seul moyen de subsistance. Pour rapporter un peu plus d'argent, le garçon offrait aussi aux riches personnes de porter leurs courses chez elles en échange d'un pourboire. Quand il revenait, le soir, il avait toujours une anecdote à raconter et régalait son auditoire avec les descriptions des grandes demeures et des parcs immenses qu'il avait vu.

 

Une fois guéri, le petit mendiant accepta la proposition de Muirgen de rester avec eux. Il s'appelait Riordan et, comme l'avait deviné la jeune fille, il était orphelin. Par contre, il fut totalement incapable de dire comment il avait été blessé.

 

 

Assise à son bureau, dans sa chambre, Muirgen fabriquait un bracelet avec des perles de verre coloré. On frappa à la porte.

- Entrez ! fit-elle sans lever les yeux de son ouvrage.

- Excusez-moi...

Une tête châtain se montra timidement dans l'embrasure de la porte. Deux yeux bleu foncé regardait Muirgen avec interrogation.

- Tu peux rentrer, Riordan. Assis-toi dans ce fauteuil.

Après quelques hésitations, le garçon obéit.

 

Un long silence s'écoula avant que Muirgen parle à nouveau.

- Tu veux me dire quelque chose, Riordan ? Y a-t-il quelque chose qui te dérange ? Personne ne t'embête, j'espère.

- Non, non. Tout le monde est gentil avec moi.

Il y avait maintenant deux semaines que Riordan vivait dans la maison. Traumatisé par l'expérience qu'il avait vécu, il n'avait pas desserré les dents pendant trois ou quatre jours après avoir dit son nom. Il était timide et parlait peu. Il semblait toujours vouloir s'excuser d'exister. Pourtant, il avait un charisme qui attirait ses petits compagnons de maisonnée. Les autres enfants voulaient jouer avec lui, être ses amis. En même temps, il avait l'air si fragile que Muirgen ne pouvait s'empêcher de vouloir le protéger envers et contre tout.

 

Riordan balançait ses jambes, gêné. Il avait une chose importante à dire à Muirgen mais ne savait pas comment la dire. Il avait beau y réfléchir, il ne trouvait aucun bon moyen. Ses yeux ne cessait d'aller de la jeune fille dont la fine silhouette se découpait contre la lumière du jour à ses pieds chaussé de vieux chaussons. Il faillit lui parler à plusieurs reprises, se ravisa à chaque fois. Enfin, il se leva et s'excusa une nouvelle fois.

 

Après le départ de Riordan, Muirgen posa le bracelet et se mit à réfléchir. Qu'avait voulu lui dire Riordan ? Pourquoi s'était-il ravisé à la fin ? pensa-t-elle.

Elle n'était pas si assurée que cela qu'il ait trouvé totalement sa place dans la maison. Il était si secret qu'il était compliqué de savoir ce qu'il ressentait exactement. Elle soupira et se leva. Elle devait s'occuper des enfants.

 

A une fenêtre se découpant sur le toit de la petite maison, les contours d'un enfant se détachaient, de profil. L'enfant regardait le disque lunaire luisant dans le ciel. Ses yeux bleu sombre étaient tristes. Il ne voyait pas vraiment ce qu'il se passait au-dehors. La nuit était triste. Les rues étaient vides et le silence régnait en maître.

 

Une ombre, sur le toit de la demeure d'en face, voila la lune. Ce fut une impression fugace. Riordan sursauta et s'écarta de la fenêtre.

Par Ithilindil - Publié dans : Premier Rouleau : le Chant des Sidhs - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Mardi 13 octobre 2009

 

La dernière nuit d'Ostara était appelée la Nuit des Fleurs. Les rues de
Jelianis étaient décorées avec les premières fleurs de la saison. Dans chacune, des saltimbanques montraient leurs numéros pour le grand plaisir des badauds. Des colporteurs avaient installé des tables sur les trottoirs et vendaient toutes sortes de choses : des souvenirs, des fleurs et des vases pour les offrandes, des boissons ou de la nourriture.

 

Les gens marchaient en groupe, parlaient fort, riaient, chantaient. C'était la saison du Renouveau et chacun oubliait ses soucis, au moins le temps d'une nuit.

 

Jelianis était très différente de Ternimbourgh. Du fait que les pierres étaient rares dans cette région de collines et que les plus proches montagnes se trouvaient à plusieurs jours de voyage, les maisons étaient construites en terre battue et en bois. De hautes murailles protégaient la ville. Le rues étaient sinueuses et envahies par l'herbe. Les quartiers étaient divisés par de plus petites murailles, toutes percées d'une arche indiquant la corporation qui s'y trouvait ou simplement le nom du quartier.

 

Muirgen et les enfants avaient revêtu leurs plus beaux habits pour l'occasion. Ivor, perché sur les épaules de Muirgen, riait aux éclats.

- Muigen, on peut aller voir les offrandes au temple ? demanda-t-il en se penchant vers la jeune fille.

- C'est d'accord.

- Nous pouvons aller voir les saltimbanques ? demandèrent à leur tour Colleen, Lian, Maxence et Jarlis.

- Oui, à condition que vous restiez toujours ensemble.

- C'est promis.

- Dans ce cas, moi je vais voir les lumières de la ville depuis les remparts, décida Yan.

- Et toi, Riordan, que veux-tu faire ?

- Je préférerais rester avec vous, s'il vous plaît.

- C'est d'accord, répéta Muirgen. Tu peux me tutoyer, tu sais.

 

Deux avenues coupaient la ville en deux : la Grande Rue Est-Ouest et la Grande Rue Nord-Sud. En parcourant cette dernière, Muirgen, Riordan et Ivor croisèrent de nombreux groupes grisés par l'alcool et la bonne humeur. Ils entrèrent dans le temple au carrefour des deux avenues.

 

Le temple était le plus bel édifice de la ville. Il avait été bâti en l'honneur de la déesse-mère sur une butte naturelle. Trois bâtiments le composaient, tous séparés par un jardin. Le premier bâtiment s'ouvrait vers le sud. La porte était si grande que vingt personnes à cheval pouvaient y entrer de front à l'aise. Ce bâtiment servait à l'accueil des fidèles et à la réception des trésors offerts au temple. Il faut entendre par là que dans ce lieu les croyants payaient les membres du culte.

 

Il y avait d'abord la pièce d'entrée. Elle était toute en largeur et un vaste comptoir la séparait en deux. Derrière ce comptoir, des nonnes accueillait les visiteurs.

 

Les pas de Muirgen et des enfants résonnèrent sur les dalles. Le temple et le palais du maire étaient les seuls édifices autorisés à avoir de la pierre dans leur construction. Alertée par le son, l'une des nonnes leva la tête de son registre. Voyant que les nouveaux venus étaient pauvrement vêtus, elle eut un regard de mépris.

- Que voulez-vous ?

Sa voix était à peine aimable.

- Nous aimerions voir les offrandes du temple et honorer la déesse, dit Muirgen, intimidé par la solennité du lieu.

- Le temple n'est pas un terrain de jeu pour les indigents. Vous n'avez rien à faire ici. Sortez !

Estomaquée, Muirgen ne réagit pas. Non loin de la nonne, une autre religieuse, plus âgée, intervint sévèrement.

- Soeur Juka, surveillez votre comportement ! Votre attitude n'est pas digne d'une servante de la déesse. Autorisez ces enfants à voir les décorations du temple.

 

Soeur Juka s'inclina de mauvais grâce et donna aux enfants la clef servant à entrer plus avant dans le temple. Sans cette clef, ils étaient condamnés à rester dans le hall d'accueil. Muirgen remercia la vieille nonne.

 

Ils pénétrèrent ensuite dans un patio. Le toit, plus haut que dans l'autre pièce, était tout en verre ce qui donnait un éclairage plus généreux. Sous ce puits de lumière, il y avait un aquarium où nageaient des poissons de toutes formes et de toutes couleurs. Autour de l'aquarium, il y avait une promenade en mosaïques représentant les différentes évolutions de la déesse.

 

On sortait de cette salle par le nord et on arrivait directement dans le premier jardin. Il était de dimension réduite. Sur sa droite, il avait un étang et sur sa gauche, des rocailles où diverses sortes de cactus et de plantes grasses poussaient. Au milieu une pelouse émaillée de bancs en bois et fer forgé permettait aux fidèles de se promener.

 

Le deuxième bâtiment était le lieu de culte proprement dit. Afin de ne pas souiller ce lieu sacré, le bâtiment était construit sur pilotis. Un escalier de quatre marches menaient à la galerie qui le ceinturait. Là, l'entrée était placée à l'est. Les portes étaient grandes ouvertes. L'encadrure en bois étaient ornées des premières glycines.

 

La salle de culte était toute en longueur. Des colonnes polychromes soutenaient la voûte. Au milieu de la salle, la statue de la déesse se dressait, imposante. Des coupelles remplies d'eau parfumée et des vases de fleurs s'entassaient sur le piédestal et sur le sol tout autour sur un rayon d'un mètre. Des petites lampes accrochées aux colonnes éclairaient et donnaient une ambiance tamisée. Les murs étaient peints en rouge et or.

 

La foule se massait dans la salle. Tous portaient respectueusement leurs offrandes de fleurs. La première ligne récitait une prière à la déesse, levait son offrande vers la statue, comme pour la lui montrer, et la posait parmi les précédentes. Après une génuflexion, elle laissait la place à la ligne suivante qui procédait de la même manière.

 

Muirgen, Riordan et Ivor étaient dans la dernière ligne. Voyant que leur tour approchait, Riordan réalisa soudain qu'il n'avait pas d'offrande.

- Nous ne pouvons pas nous présenter devant la déesse sans offrande, chuchota-t-il, affolé.

- Ne t'inquiète pas, nous n'allons pas nous présenter devant la déesse. Nous sommes ici pour voir, c'est tout. Venez, nous allons dans la galerie derrière les colonnes et nous rendre dans le jardin.

 

Une nouvelle fois, ils sortirent dans un jardin. Celui-ci était immense. Le chemin emprunté par les visiteurs déroulait ses sinuosités à travers les vallons verdoyants, enjambait les divers petits lacs grâce à des ponts, côtoyait des bosquets ou des pierres formant des montagnes couvertes de lichen et de fougères.

 

Sur les arbres, sur les pierres et sur la surface du lac, les moines avaient déposé des fleurs naturelles ou en verre. Ces dernières portaient des bougies allumées. Cela créait une véritable féerie. Les yeux de Riordan et d'Ivor brillaient d'admiration.

- Que c'est beau ! souffla le premier.

 

Muirgen, Riordan et Ivor retournèrent dans la rue. Le contraste entre le temple, si paisible, si hors du temps, et la rue animée, bruyante, était surprenant. « J'ai l'impression d'entrer dans un autre monde, »songea la jeune fille.

- S'il te plaît, Muirgen, je peux vous quitter un instant ?

Elle baissa les yeux vers Riordan et hocha la tête.

- J'amène Ivor acheter à manger. Nous resterons dans la Grande Rue Est-Ouest.

- D'accord, je saurai vous retrouver.

 

* * *

 

Une petite âme leva la main. Kemula s'interrompit et lui sourit.

- As-tu une question, Tiora ?

- Oui, j'aimerais savoir si la Nuit des Fleurs était fêtée aussi à Aleutherian et si c'est de la même manière qu'à Ikerijan.

- Cette fête est célébrée sur tout le continent mais chaque pays la fête selon ses propres traditions. La déesse-mère était honorée depuis l'est des Montagnes de l'Ouest ou Montagnes Blanches jusqu'à la Mer Orientale et dans tout le sud du continent.

 

La Brodeuse déroula un parchemin et le montra à la foule. Dessus, de haut en bas se déroulaient des scènes peintes. C'était en fait une sorte de bande dessinée sans bulles de dialogue. Sur la première image, on pouvait voir les montagnes de Guerys et un torrent dans lequel des villageois jetaient des fleurs. La deuxième image représentait le fleuve Lorange traversant une prairie. Des personnes y étaient également en train d'y verser des fleurs et c'était pareil dans l'image suivante qui représentait Ternimbourgh.

-A Aleutherian, les gens versaient des fleurs dans les cours d'eau car, dans leurs croyances, l'eau représentait le sang de la déesse.

 

* * *

 

Devant l'étal d'un marchand, Muirgen et Ivor s'extasiaient devant la profusion de victuailles vendues pour une somme modique. Il y avait des plats de légumes, des viandes grillées, en sauce ou frites, des pains de toutes sortes, des gâteaux, des sucreries, des crêpes, des gaufres, des salades, des soupes. Il est impossible de tout énumérer. Pour Ivor, Muirgen choisit un pain farci et une pomme caramélisée. Elle s'acheta un bol de soupe et une crêpe sucrée. Une fois leurs achats faits, ils se mirent en quête d'un endroit où s'asseoir.

- Quelque chose se prépare, dit soudain une voix juvénile.

Muirgen sursauta et regarda Riordan. Elle ne l'avait pas entendu revenir.

- De quoi parles-tu ?

- Veux-tu que je porte tes courses ? Cela ne doit pas être facile de les porter en même temps que tu portes Ivor.

- Je veux bien, merci pour ton aide. As-tu mangé ? Je t'achète quelque chose, si tu as envie.

- Non merci, je n'ai vraiment pas faim.

- Tu es sûr ? Tu es pâle ! Est-ce que tu vas bien ?

- Pas trop. J'ai un mauvais pressentiment.

- Tu es peut-être fatigué.

- Peut-être.

 

Un peu plus tard, ils croisèrent les autres enfants. Voyant qu'Ivor s'endormait, Muirgen le leur confia.

- Vous rentrez à la maison ? Mettez Ivor au lit, je vous rejoindrai dans un moment.

- Où vas-tu ? s'enquit Yan.

- J'ai besoin de me promener dans les rues. Cela ne vous dérange pas ?

- Pas du tout. Tu as le droit d'avoir du temps pour toi. Maxence et moi allons jouer dans le grenier.

- Soyez prudents, s'il vous plaît. Vous savez bien que je ne suis pas très à l'aise quand je vous sais là-haut.

- Nous le serons, promis.

 

La nuit était bien avancée et les rues avaient commencé à se vider. Muirgen marchait sans but. Elle se sentait sereine et n'avait pas envie de rentrer tout de suite. Elle voulait profiter de la nuit et de l'ambiance. Ses pas la guidèrent par hasard vers les remparts extérieurs.

 

- Nous ne sommes pas en sécurité, il faut fuir la ville.

Comme elle l'avait fait plus tôt dans la soirée, Muirgen sursauta et regarda Riordan qui avait encore surgi sans prévenir.

- De quoi parles-tu ? Toujours ton mauvais pressentiment ?

Il hocha gravement la tête.

- Allons récupérer les enfants. Il ne faut pas qu'ils restent seuls.

Riordan l'attrapa par la manche.

- Non, il n'y a pas le temps. Viens, il faut fuir.

- Mais fuir quoi ? Et si nous sommes en danger, les enfants aussi. Je ne peux les laisser tous seuls !

 

Elle essaya de se dégager mais il était incroyablement fort pour un enfant si malingre. Elle ne parvint pas à se dégager. Il la regardait intensément et dans ses yeux bleus une lueur d'excuse s'alluma.

- Je suis vraiment navré mais nous n'avons pas le temps d'y retourner. Rassurez-vous, j'ai prévenu Colleen et Yan avant de venir vous retrouver. Ils doivent déjà être en train de quitter la ville. Je t'ai rejoint pour te prévenir.

En disant cela, il l'entraîna vers les remparts. Les premières secousses débutèrent.

 

La jeune fille ne comprenait pas ce qu'il se passait et cela l'affolait. Elle n'avait qu'une idée en tête : savoir si ses petits protégés s'étaient sauvés. Brutalement, cette idée devint une obsession. D'un geste brusque, elle se dégagea de l'étreinte de Riordan.

- Je ne peux pas les laisser derrière, j'y retourne.

- Non ! C'est trop dangereux !

- Mais je...

- Il n'y a plus le temps ! Viens vite !

 

Les secousses s'intensifièrent. Muirgen hurla. Un incendie se déclara dans les maisons à proximité. La terre se lézarda et des plaques se soulevaient renversant les passants. La panique gagna la foule. L'incendie s'était accentué et rougissait le ciel. La chaleur était intolérable, les gens hurlaient et fuyaient dans tous les sens, sans réfléchir. Dans la panique, des gens furent piétinés par d'autres gens.

 

La terre bougea encore une fois sous les pieds de Muirgen et la déséquilibra. Elle chuta entraînant Riordan avec elle. Ils essayèrent de se relever mais les secousses étaient bien trop violentes.

- Il faut fuir, ne cessait de marmonner l'enfant, comme une litanie.

Ils finirent par se relever, sonnés. Chancelante, Muirgen prit la main du garçon et courut vers la sortie. Au moment où ils l'atteignaient, une pierre assomma la jeune fille.

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Vendredi 16 octobre 2009

 

Un vaste pays s'étendait au cente d'Astraië. Entouré à l'ouest par le Marquisat de Viridya, au nord par le Comté de Ventourie et la Baronnie de Viliaquie, à l'est par le royaume de Kast'her et au sud par les Royaumes de Lethinikis et de Candre, l'Empire d'Alisard rayonnait sur tout le continent. Sa capitale, Valisard, était un lieu de pélerinage pour les fidèles de la Déesse-Mère. C'était dans cet empire qu'était née cette religion.

 

L'empereur Jofris Barzen de Valisard régnait d'une volonté de fer, sans aucune compassion. Dévôt à l'extrême, il avait fondé un groupe d'élite chargé d'enquêter sur les hérétiques et de les pourchasser. Les Inquisiteurs faisaient planer la terreur sur la population.Quiconque semblait s'éloigner un tant soit peu du « droit chemin » était impitoyablement emprisonné et jugé.

 

Par le jeu complexe des mariage entre têtes couronnées, la famille Juzen était liée à la famille Barzen. Des antagonismes existaient entre les deux familles, des rivalités amoureuses et financières. L'empereur avait une fille, et dans la loi alisardienne, seul un enfant mâle pouvait accéder au trône. Cela signifiait donc qu'un des membres de la famille Juzen avait le droit de demander la couronne et cela ne plaisait pas du tout à Jofris Barzen.

 

* * *

 

 

- Aaaaïe ! Ma tête, gémit Muirgen en se réveillant.

Elle ouvrit les yeux et les referma aussitôt, indisposée par la lumière aveuglante des soleils. Un mal de tête atroce et une nausée persistante la torturaient. Des gémissements retentissaient non loin d'elle. Elle ouvrit à nouveau les yeux, tourna lentement la tête et dans un éclair vit Riordan. La douleur fut si forte qu'elle s'évanouit encore.

 

Au centre d'Ikerijan, il y avait une contrée de collines douces et vertes. Jusqu'à la nuit précédente, une cité florissante s'élevait dans une vallée. Le tremblement de terre et l'incendie l'avaient complètement détruite. Des ruines fumantes s'étalaient à la place.

Il était impensable qu'un tremblement de terre puisse se produire dans ces lieux. Cela n'était jamais arrivé, à vrai dire. Les victimes du séisme étaient nombreuses : plus des trois quarts de la population avaient été décimés.

 

Plusieurs heures après son premier réveil raté, Muirgen se réveilla une bonne fois pour toutes. Devant elle, un horrible dragon noir et jaune dressait son corps immense en l'ondulant. Elle hurla et referma les yeux. Elle les rouvrit précautionneusement, craignant de revoir le monstre. Heureusement, il avait disparu. Elle sentit une petite main tenir la sienne. Elle se tourna vers Riordan et lui sourit pour le rassurer.

 

Le petit garçon était en état de choc. Pétrifié, il écarquillait ses grands yeux lapis lazuli.

- Tu n'as plus rien à redouter, Riordan. Le dragon est parti.

Il secoua la tête, comme pour se réveiller d'un cauchemar.

- Mais, où sommes-nous ?

Sa question étonna Muirgen. Trop affolée par le dragon, elle n'avait pas pris le temps de regarder où ils étaient. Elle jeta un coup d'oeil autour d'elle et vit avec ébahissement que le paysage avait complètement changé.

 

Les collines et les ruines avaient disparu. Ils étaient dans une grande piscine de marbre dont le fond était composé de mosaïques vertes. Le pourtour du bassin était entrecoupé par des colonnes blanches soutenant une voûte bleue. Sur les murs des fresques très colorées étaient peintes. Les motifs représentaient des poissons, des poulpes et des herbes marines. Un grand escalier descendait dans la piscine et permettait de se mettre à l'eau en douceur. Entre chaque colonne, on avait placé une grande plante verte. Dans le côté opposé à celui où Riordan et Muirgen se tenaient, il y avait une fontaine.

 

Muirgen entendit des rires et tourna la tête vers le fond de la piscine.

- Riordan, regarde, chuchota-t-elle en se penchant vers le petit garçon.

Il regarda discrètement dans la direction qu'elle lui indiquait. Cinq jeunes filles batifolaient. Elles étaient étranges, ces jeunes filles ! Du moins, elles l'étaient du point de vue de Muirgen.

 

Elles avaient un corps souple et délié, une peau de la finesse de la porcelaine, vert d'eau ou bleu lagon. A la place des oreilles, elles avaient de fines nageoires. Leurs cheveux, de toutes les couleurs, ondulaient jusqu'à leur taille fine. Leurs yeux étaient recouverts d'une deuxième paupière transparente, ainsi elles pouvaient nager sous l'eau les yeux ouverts. Le plus surprenant chez elles était leur nageoire dorsale.

 

La stupeur et l'incompréhension luttaient pour dominer l'esprit de Muirgen. Tiraillée, elle cria et saisit prestement la main de Riordan. Le monde tourbillonna et ils étaient à nouveau dans la vallée de Jelianis.

 

La nuit tombait et le silence régnait. C'était inhabituel de n'entendre aucun son et cela déstabilisa l'adolescente et le petit garçon.

- Viens, finit-elle par dire. Nous ne pouvons pas rester ici. Nous devons trouver un toit pour dormir.

- D'accord.

 

Des pensées se bousculaient dans la tête de Muirgen. Elle s'inquiétait pour Maxence, Lian, Colleen, Yan, Ivor et Jarlis. Elle se faisait aussi du souci pour Riordan et pour elle. En même temps, elle se demandait comment ils s'étaient retrouvés dans cette piscine, qui étaient ces jeunes filles et où elle était située cette piscine. Aaaaaaaangh ! C'était rageant de ne rien comprendre.

 

Elle tapa du pied et secoua la tête en gémissant. Riordan leva vers elle des yeux interrogateurs.

- Navrée, je ne supporte pas cette situation. Ma vie est en train de m'échapper, je n'ai pas su protéger « mes enfants ». Pourquoi il y a eu ce tremblement de terre et toi, comment as-tu su que nous étions en danger ?

C'était beaucoup trop. Elle se laissa tomber à genoux et tapa le sol de ses poings en criant de rage et d'incompréhension.

Riordan s'approcha d'elle, sans dire un mot et posa une main sur son épaule. Sa main était compatissante, bienveillante.

 

 

* * *

 

Alan quitta la salle du conseil très tard. Il y avait eu beaucoup de décisions à prendre, de dossiers à traiter, de doléances à lire. Les conseillers avaient été particulièrement énervés ce jour-là et il avait été sans cesse sous pression.

 

Même s'il prenait à coeur sa seigneurie et son peuple, le jeune homme éprouvait son héritage comme un sacerdoce et il y avait des jours comme celui-là où il aurait bien troqué son trône contre une vie simple et besogneuse. Il avait plusieurs fois été à deux doigts de faire un esclandre et de quitter la réunion en plantant les conseillers. Lui qui aimait s'amuser et ne se soucier de rien trouvait fatiguant d'entendre les plaintes et les problèmes des gens tous les jours.

 

Il secoua sa tête dorée et s'obligea à penser à sa belle. Il ne connaissait Eale que depuis quelques semaines et pourtant elle était devenue indispensable à sa vie. Dès qu'il l'avait vue, la première fois, son coeur s'était emballé, ce qui ne lui était jamais arrivé, la lave en fusion avait coulé dans ses veines et il s'était senti intimidé. Il avait peur d'une seule chose. La perdre.

 

Eale ne participait pas au gouvernement de la région de Ternimbourgh. Pourtant, dans l'ombre, elle était la meilleure conseillère d'Alan. Elle possédait un sens inné de l'équité et de la compassion. Chaque fois qu'il avait un doute ou qu'il était dans une impasse, il venait la voir pour lui demander son avis.

 

S'ils se retrouvaient presque tous les soirs. La jeune femme ne restait pas oisive pendant ses journées. Elle avait une sensibilité exacerbée et pressentait des rensions au sein du château, des tensions qu'elles ne pouvait pas vraiment identifier. Inquiète, elle s'efforçait de savoir ce qu'il se tramait.

 

- Madame ? fit une petite voix surgie de nulle part.

- Tu peux te montrer, Van'a.

Une ombre se dessina, prit de la consistance et des couleurs et devint une petite personne. Elle avait la taille d'un enfant de deux ans, des cheveux dorés réunis en deux couettes, un visage souriant tacheté de sons. Ses bras et ses jambes étaient potelés et elle était habillée d'une robe chasuble.

 

La chambre d'Eale était si vaste qu'elle l'avait divisée en deux, la partie gauche devenant précisément la chambre et la partie droite un bureau. Une cloison en bois ajouré et sculpté les séparait. Le bureau recevait la lumière du jour grâce à une large fenêtre. Sous cette fenêtre, il y avait un grand bureau. Des tas de papiers, un plumier, des pots à encre étaient rangés dessus. Le sol de la pièce était dallé d'ardoises et des tapis les recouvraient pour étouffer le bruit des pas.

 

La jeune femme écarta son siège du bureau et se leva. Elle dominait de toute sa hauteur Van'a qui n'en paraissait pas gênée outre mesure.

- J'écoute ton rapport, Van'a.

- Tes doutes sont fondés, maîtresse. Il y a des choses qui se trament. Seulement, c'est à un plus grand niveau que cela se passe.

- Quelles choses ?

- Je pense à un complot. Contre qui ? Perpétré par qui ? Je n'ai pas encore les réponses. Je poursuis l'enquête.

- Très bien, je te laisse les commandes.

 

Une fois Van'a repartie, Eale se mit à faire les cent pas, les sourcils froncés. Ce que lui avait rapporté la petite personne l'absorbait. Elle n'arrivait pas à se faire une idée de ce qu'elle devait faire et décida d'attendre de plus amples précisions.

 

* * *

 

Muirgen et Riordan ne purent trouver d'abri pour la nuit. Cela ne plaisait pas beaucoup à la jeune fille mais ils n'avaient pas d'autre choix que de dormir à la belle étoile. Après l'éprouvante nuit qu'ils avaient passé, ils auraient tout à fait mérité de dormir sous un toit, dans un vrai lit. Elle soupira, rien ne servait de se lamenter.

 

Elle regarda Riordan et s'aperçut qu'il était couvert de contusion. Elle-même n'était pas indemne. Elle avait une bosse sur la tête, de nombreux bleus. Son dos lui faisait très mal et elle avait une douleur sourde dans la tête.

- Tu es fatigué, Riordan ? Comment te sens-tu ?

Le garçon secoua la tête et répondit :

- Je vais bien.

Elle n'en était pas sûre mais il semblait obstiné à ne donner que cette réponse et elle n'insista pas.

 


Ils étaient descendus vers le sud, au hasard. Le paysage était devenu plus boisé et plus accidenté. Au milieu de la nuit, épuisés, ils s'effondrèrent entre les énormes racines d'un arbre non identifié. L'herbe leur grattait un peu le dos et le sol était très dur mais ils s'endormirent aussitôt.

 

* * *

 

Le surlendemain du tremblement de terre, six personnes entièrement vêtues de noir, le visage masqué par une capuche apparurent soudainement dans les décombres.

 

Elles marchèrent lentement parmi les ruines. Elles semblaient irréelles dans ce paysage chaotique. L'une d'elles s'accroupit et déplaça des pierres. Un bras d'enfant surgit de sa gangue de roches. Une autre silhouette vint l'aider à dégager le corps, celui d'une fillette.

 

Aucun des six inconnus ne parlaient et, pourtant, s'il y avait eu un témoin sur les lieux, il aurait pu sentir une activité intense entre eux. En fait, il y eut un témoin, un petit garçon âgé de sept ou huit ans. Il avait l'air hébété et les observait sans mot dire. C'était l'un des protégés de Muirgen, le petit Maxence.

L'une des silhouettes dut percevoir sa présence, d'une manière ou d'une autre, car elle se tourna vers lui. Elle marcha vers lui, doucement pour ne pas l'effaroucher. L'enfant ne bougeait toujours pas. Il la regardait sans vraiment la voir. Lorsque la silhouette fut près de lui, elle se mit à sa hauteur. Elle lui toucha délicatement le bras et lui parla afin de le rassurer. A son contact, il s'anima.

 

- C'est Colleen, dit-il d'une voix rauque en montrant le cadavre de la petite fille.

Il éclata en sanglots convulsifs. La silhouette le prit maternellement dans ses bras et le consola avec des mots de réconfort. Il semblait que rien ne pouvait arrêter ses pleurs. Les cinq autres inconnus firent cercle autour d'eux. Maxence ne cessait de gémir :

- Muirgen, je veux Muirgen.

 

La silhouette et Maxence disparurent brutalement pendant que les cinq autres poursuivaient leurs recherches. Après plusieurs heures, elles retrouvèrent les corps de Jarlis et d'Ivor. Ensuite, ce fut Yan et Lian. Les deux enfants étaient grièvement blessés. Toutefois, ils avaient l'espoir de les sauver. Ils prirent les deux rescapés avec eux et disparurent à leur tour.

 

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Dimanche 18 octobre 2009

Les gazouillis des oiseaux et la tiédeur matinale des rayons des soleils réveillèrent Muirgen en douceur. Ses beaux yeux s'ouvrirent sur des petites feuilles auréolées d'une lumière dorée. La douleur au dos s'était estompée, la bosse avait diminué. Par contre, elle avait toujours mal à la tête. Loin de baisser cette douleur empirait et lui provoquait des nausées. Poussée par un accès, elle se leva et s'éloigna pour vomir.

 

Elle se débarbouilla comme elle le put avec les herbes et les feuilles. Elle avait un goût acide, horriblement désagréable dans la bouche. Elle ne pourrait s'en débarrasser qu'en se lavant la bouche à l'eau et il ne lui tardait qu'une chose, trouver un point d'eau. Elle alla réveiller Riordan et ils se remirent en route.

 

C'était le début du printemps et la nature était généreuse. Ils purent se substenter avec des baies récoltées sur le chemin. En fait, ce fut Riordan qui mangea car le goût âcre dans sa bouche coupait l'appétit de Muirgen.

 

En regardant le petit garçon cueillir des baies, l'adolescente fut surprise de voir que ses bleus et ses coupures avaient presque totalement disparu. Elle jeta un coup d'oeil sur ses propres plaies et constata qu'elle n'avait pas eu cette chance. Bah ! Il y avait plus urgent à penser. Trouver un ruisseau, par exemple...

 

Au milieu de la matinée, leur route croisa une rivière. Avec une joie sauvage, Muirgen s'y précipita, s'allongea et se rinça la bouche à plusieurs reprises avant de boire de longues gorgées. Plus posé, son petit compagnon but aussi.

 

A présent qu'elle se sentait mieux, Muirgen pouvait réfléchir posément.

- Riordan, nous ne pouvons pas errer indéfiniment. Nous devons nous fixer un but. J'aimerais retrouver mes « enfants », savoir s'ils sont sains et saufs. Mais dans l'immédiat, je voudrais que nous dénichions un village ou même un hameau.

Elle réfléchit. Sa connaissance du monde était limitée à Jelianis, ce qui était vraiment très très peu. Elle avait appris à se repérer par rapport aux soleils, ce qui était très utile, mais c'était à peu près tout. A part savoir qu'ils se dirigeaient vers le sud, elle ne savait pas du tout où ils étaient. L'angoisse l'étreignit soudain. Elle, une jeune fille de quatorze ans et demi, ignorante, était perdue dans un pays inconnu avec un enfant à charge. Elle se sentait terriblement seule et désemparée. Elle lutta pour chasser les larmes. Il fallait qu'elle se montre forte. C'était elle l'aînée, c'était à elle d'être le pilier du duo.

 

Riordan effleura son épaule, attirant son attention. Ce fut une surprise de découvrir qu'ils n'étaient plus seuls sur la berge. Une petite fille les avait rejoints. A première vue, elle devait avoir neuf ans. Même si sa tenue vestimentaire n'était pas très élaborée, on ne pouvait pas dire qu'elle était pauvre. Elle était de la même taille que Riordan. Son visage avait un menton pointu et était mangé par deux immenses yeux noisette. Ses cheveux bleus tombaient sur sa taille. Elle avait l'air effrayée. Muirgen fit un mouvement vers elle. La petite poussa un cri d'effroi et s'enfuit. Malgré sa petitesse, elle était véloce et, de toute manière, le mal de tête de Muirgen lui interdisait tout mouvement hâtif.

 

La journée s'écoula sans qu'ils croisent ne serait-ce qu'une maison. Soit la région n'était pas beaucoup habitée, soit ils n'avaient pas de chance. Dans tous les cas, ils prenaient toujours la direction du sud.

 

* * *

 

Si dans ses jeunes années, l'empereur Jofris Barzen avait été avisé et plein d'esprit, ce n'était plus le cas maintenant. Ses vieux jours le rendaient amer, jaloux et vindicatif. Il n'avait jamais été très philantrope et, il faut bien le dire, il était xénophobe. C'était sans doute pour cela qu'il ne supportait pas d'avoir des liens avec la famille Juzen, des étrangers ! Depuis quelques mois, il avait mis en place des mesures pour débusquer les gens qui ne correspondait pas à son idéal humain et les éliminer. Pour cela, il avait élargi le pouvoir des Inquisiteurs et ceux-ci s'étaient infiltrés dans les autres pays, se mêlant souvent au pouvoir en place.

 

A cause de ces mesures et de la politique d'expansion plus ou moins avouée de l'empereur, de multiples personnes furent exécutées ou exilées. Si ce n'était pas encore très visible à l'étranger, la situation à Alisard était catastrophique. Les villages fantômes étaient innombrables. Chaque jour, des gens étaient jetés dehors, chassés de leur maison par des fonctionnaires au service des Inquisiteurs. Il ne se passait pas un jour sans qu'il y ait au moins une exécution publique.

 

* * *

 

- Maîtresse ? dit la voix de l'invisible Van'a. J'ai de nouvelles informations à vous communiquer.

- Tu peux te montrer et me faire ton rapport, répondit Eale.

La petite personne apparut. Elle affichait une mine soucieuse.

- As-tu du nouveau au sujet du complot ?

- Malheureusement, non. Je mène toujours l'enquête mais il semble que rien ne bouge de ce côté-là. Par contre, j'ai appris que de terribles événements se produsaient à Alisard.

- Je sais, Alan m'en a entretenue ce soir.

- Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'à Aleutherian aussi, il commence à y avoir des gens persécutés.

 

Eale bondit sur ses pieds. Elle faisait souvent des excursions dans la région et elle n'avait vu personne se faire expulser de chez elle ou être exécutée.

- Tu veux dire que le frère d'Alan prendrait également ces mesures discriminatoires et injustes ?

- Non, il ne semble pas au courant. Dans notre pays, ces cas sont encore rares. Il semblerait qu'un groupe d'individus soit derrière tout cela. Un groupe venu d'Alisard d'après leur parler.

- Si c'est le cas, c'est une ingérence d'Alisard dans un pays étranger. L'empereur le sait. Pourquoi se risquerait-il à provoquer des incidents diplomatiques ?

- Ce n'est pas vraiment un secret que Jofris Barzen de Valisard n'aime pas beaucoup la famille Juzen et qu'il rêve d'agrandir son empire avant de mourir.

- Tu crois que ces hommes inconnus travaillent pour lui ?

- J'en suis persuadée.

Perdue dans ses réflexions, Eale hocha la tête et congédia Van'a d'un geste.

 

Quelques minutes plus tard, on frappa à la porte de sa chambre. Le signal était clair. Son amant voulait la voir. Le plaisir qu'elle avait de le voir effaça son inquiétude. Elle avait eu le coup de foudre pour lui et c'est pour cela qu'elle lui avait sauvé la vie dans la gorge. Elle craignait de le perdre un jour. Si cela devait arriver, elle savait ne pas pouvoir lui survivre.

 

Sachant que l'invitation n'était pas expresse, elle prit le temps de se faire belle et de mettre une jolie robe de brocart blanc. Le tissu immaculé tranchait sur sa peau bleu nuit. Elle était superbe.

 

* * *

Plusieurs heures après un plaisir partagé, Eale et Alan Juzen en vinrent à discuter de choses sérieuses. La jeune femme sentait que son amant avait besoin de s'épancher et avait habilement orienté la conversation dans ce sens.

- Tu sais, Eale, je crains de ne pas être un bon seigneur ni un bon soutien pour le roi, mon frère.

- Ne dis pas cela. Tu es un seigneur capable. Tes sujets sont heureux, ils mangent à leur faim, tu es à leur écoute. Quant à être le soutien de ton frère, tu sais le conseiller et s'il écoute tous les seigneurs, c'est quand même ton avis qu'il suit à la fin. Ton frère est un homme intelligent et perspicace. La confiance qu'il te porte est une garantie quant à ta capacité de régir une contrée. Au fond de toi, tu le sais pertinemment. Dis-moi plutôt ce qui te tracasses réellement.

- Décidément, on ne peut rien te cacher. J'ai entendu parler des réfugiés et des gens persécutés à Alisard parce qu'ils ne correspondent pas aux critères requis par sa Majesté Jofris. Depuis quelques semaines, les mêmes exactions se produisent ici. Moins nombreuses évidemment, mais, sous le couvert de la religion, des gens en profitent pour régler leurs comptes. J'essaie de prendre des mesures adaptées pour contrôler ces débordements. Ce n'est pas suffisant. Je crains que tout cela ne déborde dans les semaines à venir.

Eale ne répondit pas. L'inquiétude d'Alan était pareille à la sienne. Elle plongea son regard sombre dans le sien et lui caressa le bras...

 

* * *

 

A nouveau, les deux comploteurs se réunirent. Comme la première fois, ils s'étaient masqués et s'étaient retrouvés dans un couloir sombre et abandonné.

- Les préparatifs sont bien avancés, dit le premier. Nos alliés ont fini de tout mettre en place de leur côté. Notre contact va arriver dans les jours prochains et j'ai trouvé un moyen de le faire venir ici, sans le faire remarquer.

- Parfait, parfait, se réjouit l'autre.

 

* * *

 

Après le mois d'Ostara, il y avait le mois de Sitabel. Muirgen et Riordan avaient voyagé jusque dans les régions méridionales d'Ikerijan. Au bout de quelques jours, le mal de tête et les plaies de Muirgen s'étaient complètement résorbées. Celles de Riordan avaient guéri en l'espace de deux ou trois jours, ce qui étonnait toujours la jeune fille quand elle y songeait.

 

Ils avaient souvent dormi à la belle étoile, une ou deux fois dans une grange. Ils s'étaient nourris de baies sauvages, s'étaient désaltérés avec l'eau des rivières. Ce régime frugal les avait amaigris. Une affection profonde les liait à présent. Chacun n'avait que l'autre au monde à présent. Muirgen évitait de penser à ses protégés. Si elle le faisait, ses douleurs se réveillaient. Elle ne pouvait pas changer la situation actuellement et il ne servirait à rien de s'obstiner à vouloir les retrouver à tout prix. Il lui fallait d'abord améliorer leur situation à Riordan et elle.

 

Vers le troisième jour de Sitabel, ils parvinrent à un bourg. Sa population était de cent personnes. C'était beaucoup moins qu'à Jelianis mais au moins ils pouvaient croiser d'autres humains qu'eux-mêmes.

 

La coutume ikerijane voulait que l'on accueille tout voyageur, même s'il était sans le sou, et qu'on lui offre le gîte et le couvert. Ainsi, Muirgen et Riordan purent-ils trouver une auberge. C'était une auberge-relais, une de ces auberges faisant partie d'une chaîne installée dans tout le pays. Les clients étaient surtout des hommes, des voyageurs. Toutes les tables, sauf une, étaient occupées. Une jeune serveuse du nom de Flora installa Muirgen et Riordan à cette table, dans le fond de la salle.

- Je vous apporte le repas. Il s'agit d'une soupe, des tranches de pain épaisses et du fromage.

- Cela a l'air appétissant, répondit Muirgen, heureuse de manger autre chose que des fruits. Dites-moi, où sommes-nous ici ?

- Vous nêtes pas de la région, n'est-ce pas ? Ici, nous sommes à Kehis.

- Non, nous sommes de Jelianis.

 

Un des voyageurs de la table voisine entendit la réponse de Muirgen. Il sursauta.

- Vous êtes de Jelianis ?

- C'est ce que je viens de dire.

- J'ai entendu dire que la ville avait été détruite par un tremblement de terre.

- C'est vrai, Riordan et moi y avons échappé de justesse. Pourquoi ?

- Un tremblement de terre à Jelianis ? C'est impossible, intervint un autre voyageur.

- Pourtant, il y a bien eu un séisme, nous sommes bien placés pour l'affirmer.

- J'ai entendu qu'un groupe d'inconnus affirmaient que cette catastrophe était un signe que la colère de la Déesse était grande et qu'il fallait prendre des mesures draconniennes pour apaiser sa colère, reprit le voyageur incrédule.

- Quelles mesures ? demanda l'autre.

- Traquer et éliminer tout individu semblant sortir de l'ordinaire. C'est tout ce que je sais.

- Peuh ! C'est du n'importe quoi tout cela.

 

Le repas fut exquis au palais affamé de Muirgen. En vérité, la nourriture servie dans l'auberge était excellente. La soupe était bien accomodée, le fromage à point, le pain croustillant. Les estomacs affamés appellent le sommeil. Muirgen et Riordan ne tardèrent pas à aller se coucher.

 

Leur chambre était petite, un vieux plancher sur le sol, des murs de plâtre nus. Le mobilier se résumait à deux planches posées sur des pilotis et recouvertes d'un matelas et d'une couette. La couche était un peu dure mais c'était tout de même mieux que de dormir à même le sol.

 

Le lendemain, au milieu de la matinée, Muirgen et Riordan descendirent dans la grande salle. Celle-ci était presque vide. Tous les voyageurs étaient déjà repartis. Il n'y avait qu'un client solitaire, dans un coin, et un groupe de cinq hommes dans un autre. La jeune fille frissonna en les voyant. Ils se tenaient bien droits et avaient la tête toute recouverte par une capuche à bout pointu. Leur habit était noir et rouge et sur la poitrine était dessiné un glyphe.

 

Flora vint apporter le petit déjeuner à Muirgen et Riordan. La jeune fille en profita pour lui demander qui étaient ces hommes.

- Je ne les avais jamais vus avant aujourd'hui, chuchota la serveuse. Ils me font peur, en tout cas.

- Moi aussi, je me demande ce qu'ils sont venus faire ici.

- Tout ce que je veux, c'est qu'ils s'en aillent au plus vite.

 

Muirgen et Riordan mangeaient tranquillement quand les cinq hommes vinrent à leur table.

- Nous avons une question, dit le premier, péremptoire.

- Hein ? Mais, nous ne savons rien, bégaya Muirgen.

- Nous sommes à la recherche d'hérétiques pour le compte de l'Empereur d'Alisard. La Déesse exige de nous que nous purifiions cette terre et toute aide est la bienvenue.

- Je n'y comprend rien. De quoi parlez-vous ?

- Ne faites pas l'innocente, mademoiselle. Vous savez très bien que votre jeune ami en est un.

Etonnée, Muirgen se tourna vers Riordan. L'enfant était pétrifié et livide.

- Vous racontez n'importe quoi. Riordan est un petit garçon, un orphelin.

- Balivernes ! Nous avons des instructions précises et nous l'emmenons avec nous.

- Jamais ! Je ne vous laisserez pas faire !

 

« Mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Ils sont cinq. Ils ne feront qu'une bouchée de moi. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Riordan. »

Muirgen s'était levée et faisait bouclier entre les inconnus et Riordan. L'inconnu qui lui avait adressé la parole reprit :

- Inutile de t'y opposer, tu ne pourras rien contre nous. La Déesse est avec nous et nous sommes invincibles.

« Pff ! N'importe quoi ! Pour qui se prend-il, celui-là ? » Cela en était presque risible.

 

L'un des inconnus fit le tour de la table, sans que Muirgen le remarque, et attrapa le bras de Riordan. Le garçon cria. Son cri déclencha quelque chose dans le cerveau de la jeune fille. Elle sentit un éclair traverser son corps et son sang se mit à bouillir. La nuit obscurcit brusquement le monde.

 

Lorsque le jour revint, la scène qui se déroulait devant ses yeux était devenue irréelle. L'homme qui tenait Riordan avait été projeté à deux mètres de leur table et, dans sa chute, avait renversé une table et plusieurs chaises. Il gisait, assommé. Les quatre autres ne bougeaient pas, comme stupéfiés. Avant qu'ils ne reprennent leurs esprits, Muirgen prit la main de Riordan et l'entraîna vers dehors.

 

Il y avait foule dans le bourg. Les échoppes étaient toutes ouvertes. Des femmes balayaient le devant de leur maison. Des porteurs faisaient la navette entre les maisons et les échoppes. Des enfants couraient en zizaguant entre les passants.

 

Personne ne fit attention aux deux enfants qui couraient hors de l'auberge, poursuivis par quatre hommes masqués. Muirgen tenait fermement la main de Riordan. A aucun prix, elle ne voulait la lâcher. Le petit garçon était en danger, elle n'avait absolument pas le droit de le perdre.

 

Ils s'engouffrèrent dans la première rue qu'ils rencontrèrent. La foule était si compacte qu'ils devaient jouer de coude pour passer et cela ralentissait considérablement leur allure. Tout à coup, Riordan trébucha contre une pierre. Il lâcha la main de Muirgen qui, dans sa panique, ne s'en aperçut pas.

 

Elle entendait les vociférations de leurs poursuivants et ne souhaitait qu'une chose leur échapper. Pourquoi en avait-il après Riordan ? Riordan ! Où était-il ? Elle ne sentait plus sa main dans la sienne. Depuis quand ? Elle réfléchit à toute allure. Elle devait l'avoir perdu dans la rue pleine de monde. C'était trop loin pour y retourner. Elle ne pouvait pas l'abandonner ! Si elle y allait, elle se ferait prendre à coup sûr. Ce serait de la lâcheté que de laisser tomber Riordan. Elle avait promis de le protéger.

 

- N'y vas pas. Tu ne peux rien pour lui, pour le moment.

Révoltée, Muirgen fit volte-face. Un adolescent la toisait. Elle reconnut le client solitaire de l'auberge.

- Qu'est-ce que vous racontez ? Et en quoi cela vous concerne-t-il, en plus ?

- Cela ne me concerne en rien, effectivement. Cependant, laissez-moi vous informer que ces gens ne sont pas des plaisantins. Votre ami a réussi à leur échapper. Il ne craint rien, il possède des atouts que vos ennemis ne soupçonnent pas ni vous, d'ailleurs. Moi, la personne qui m'inquiète, c'est vous.

- Moi, pourquoi ?

- Parce que maintenant, c'est vous qu'ils veulent.

- Je ne comprend pas. Dans l'auberge, ils en avaient clairement après Riordan. Selon vous, ils ont changé de cible ? Et puis, d'abord, pourquoi lui en voulaient-ils ?

- Pas le temps de tout vous expliquer. Sachez seulement que votre petit exploit dans l'auberge a attiré toute leur attention sur vous. Qu'est-ce qui vous a pris de faire cela ?

Son ton était réprobateur.

- Qu'est-ce que j'ai fait ? Je ne me souviens de rien.

Ses yeux bleus s'écarquillèrent d'étonnement. Il ne dit rien, toutefois.

- Venez, fit-il en lui prenant la main et en l'entraînant dans une course folle.

 

* * *

 

Kemula, qu'est-il arrivé à Riordan, Maxence, Yan et Lian ?

La conteuse adressa un sourire à la petite Tiora. La fillette avait toujours eu le don de lui rappeler tous les situations d'une histoire. S'il lui arrivait d'oublier des personnes, la jeune âme demandait ce qu'elles étaient devenues et Kemula y répondait.

 

Je te raconterai plus tard, ce qui leur est arrivé. C'est un morceau d'histoire un peu long et qui est à part de cette histoire.

 

* * *

 

A Aleutherian et à Ikerijan, au mois de Sitabel, des troupes de saltimbanques et de troubadours ambulants visitaient les villes et les villages. Les gens attendaient leur venue avec impatience car c'était l'un des seuls moments de détente de l'année.

 

Les deux groupes qui arrivèrent à Ternimbourgh et à Ferimbourgh, la capitale du royaume, étaient les meilleures troupes d'amuseurs professionnels. Ils entrèrent dans les cités en liesse. Les enfants couraient autour de leurs chevaux et de leurs carrioles en criant de joie. Les adultes souriaient et applaudissaient.

 

Deux semaines entières de bonheur, soit seize jours, allaient débuter.

* * *

 

Grâce à l'inconnu, Muirgen put se sauver du bourg sans difficulté. Il la conduisit à travers la campagne, dans une direction inconnue et ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils furent hors de vue des habitations, dans une forêt.

 

Muirgen s'appuya contre un tronc d'arbre pour reprendre son souffle. Cette fuite l'avait essoufflée. Le jeune homme, lui, ne transpirait même pas.

- Qui êtes-vous ?

Il se tourna vers elle.

- Peu importe qui je suis. Tu dois juste savoir que je m'appelle Llewelyn.

 

Par Ithilindil - Publié dans : Premier Rouleau : le Chant des Sidhs - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Jeudi 22 octobre 2009

 

Dès qu'elle eut retrouvé sa respiration, Llewelyn ordonna à Muirgen de reprendre la marche. Il était autoritaire et peu complaisant. A ses sourcils perpétuellement froncés, la jeune fille comprenait qu'il lui reprochait des tas de choses et elle ne savait pas pourquoi. Cela l'agaçait. Il l'agaçait. Pour qui se prenait-il ? Il ne la connaissait pas, de quel droit se permettait-il de la juger?

 

Il ne parlait pas beaucoup non plus. Il éludait la plupart de ses questions ou répondait par monosyllabes. Muirgen avait insisté pour qu'il lui explique pourquoi il était si sûr que Riordan avait réussi à se sauver. Elle l'avait presque harcelé pour qu'il réponde enfin. Il l'avait fait, à contre-coeur.

- Je l'ai vu fuir et les hommes ne l'ont pas suivi. Ils couraient après vous. D'après ce que j'ai pu voir, votre ami est agile et intelligent. Il saura s'en sortir.

« C'est vrai, Riordan est sagace et débrouillard. »

Elle était persuadée qu'il ne lui disait pas tout. Elle n'ajouta rien. C'était déjà bien beau qu'il lui dise cela.

 

Ils cheminèrent dans la forêt, attentifs à tous les bruits. Llewelyn était prudent. S'il flairait un danger, il mettait Muirgen à couvert et allait voir ce qu'il se passait.

- Où allons-nous ?

Elle en avait assez de marcher sans savoir où elle allait. Il ne répondit pas.

- Pourquoi avez-vous toujours l'air fâché contre moi ? Qu'est-ce que je vous ai fait ?

- Nous n'avons pas le temps de discuter. Nous ne sommes pas hors de danger.

- Dites-moi au moins où nous allons.

- Nous quittons Ikerijan. Il nous faut aller chez Ellora. Tu seras en sécurité là-bas.

 

Muirgen ne voyait pas du tout qui était Ellora, mais haussa les épaules. Cela lui importait peu, en fin de compte. Elle ne dit plus rien.

 

La nuit tomba alors qu'ils étaient toujours dans la forêt. Llewelyn ne semblait pas vouloir arrêter de marcher. Muirgen trébuchait souvent de fatigue mais il ne donnait jamais le signal de la halte. Au bout d'un moment, elle se décida à lui parler.

- Ferons-nous une halte, cette nuit ?

Elle avait une toute petite voix.

- Oui, dès que nous serons en lieu sûr.

- C'est-à-dire ?

- Simple. Quand nous aurons trouvé un endroit où nous cacher.

Evidemment, c'était simple. Elle commençait à en avoir assez de son ton condescendant.

- Oui, c'est vrai. Pourquoi n'y ai-je pas pensé ? Merci de me rappeler que j'ignore tout de ce qu'il se passe.

 

Elle le devança, la tête haute, la moue boudeuse, sans voir sa mine effarée.

- Alors , on le trouve cet endroit sûr ? Je suis fatiguée, moi. Plus vite, on l'aura trouvé, mieux ce sera.

Il soupira et lui emboîta le poids.

 

Enfin, au milieu de la nuit, ils firent halte. Quand Llewelyn annonça qu'ils dormiraient à cet endroit, Muirgen était si fatiguée qu'elle se contenta d'un sourire avant de s'asseoir par terre. De son sac à dos, le jeune homme sortit des couvertures dans lesquelles ils s'enroulèrent.

 

Llewelyn leva tout à coup les yeux vers le ciel et son regard devint fixe. Muirgen, qui l'observait à la dérobée, s'en étonna.

- Y a-t-il un problème ?

- Non, il n'y a rien, répondit-il entre les dents. La lune est noire.

- Qu'est-ce que cela veut dire ?

- Peut-être rien de spécial, mais il faut être prudent. Je vais veiller cette nuit, j'ai moins besoin de sommeil que toi.

Il l'avait tutoyée ! Mais, même si elle en était surprise et ravie, elle ne releva pas.

- Moi, j'ai besoin de dormir. Mes paupières se ferment d'elles-mêmes. Bonne nuit.

 

Au milieu de ses rêves, un chant résonna soudain. Ce chant était sublime. Il emplissait l'air de la nuit, se répandait sur la forêt, pénétrait son corps jusqu'au plus profond de son âme. Muirgen se sentit à la fois émue aux larmes et galvanisée. Elle avait une énergie et une confiance en la vie inébranlables. C'était des sentiments qu'elle n'avait jamais éprouvés avant cette nuit. En même temps, il y avait cette beauté indescriptible, qui donnait envie de s'envoler vers le ciel pour décrocher les étoiles ou de plonger dans les rivières ou les lacs pour en découvrir les secrets.

 

Elle ouvrit à demi les yeux pour voir si elle s'était envolée. A moitié ensommeillée, elle vit Llewelyn, adossé contre un tronc, enroulé dans sa couverture, chanter.

« C'est donc lui qui chantait ? »

Elle s'endormit complètement, oubliant sa question.


 

Les soleils la réveillèrent en la caressant de leurs chauds rayons. Elle s'assit et se frotta les yeux. Elle avait bien dormi et avait même fait un rêve superbe dans lequel elle entendait un chant enchanteur. Elle se tourna vers Riordan pour lui raconter son songe. Elle se rappela un bref instant après qu'il n'était plus avec elle. La veille, elle avait voyagé avec un jeune homme du nom de Llewelyn. Il avait dit vouloir l'aider. Elle était poursuivie par des hommes. Elle ne savait pas ce qu'ils lui reprochaient mais, en tout cas, Llewelyn avait paru anxieux et pressé de l'éloigner le plus possible du village où ils s'étaient rencontrés.

 

Elle regarda autour d'elle. Elle était toute seule. Bon, il voulait la sauver, non ? C'est bien ce qu'il avait fait comprendre ? D'accord, alors, pourquoi était-elle toute seule, ce matin ? La peur forma une petite boule dans la poitrine de Muirgen. Plus le temps passait, plus cette boule grossissait. Elle était, la Déesse savait où, sur Astraië, sans arme et sans provisions. Où devait-elle aller ? Devait-elle attendre ici ? Et s'il ne revenait pas ? Par la Déesse, que devait-elle faire ?

 

La forêt, ici, était composée de chênes. Les rayons des soleils filtraient à travers les feuillages et mouchetaient l'herbe de petits halos dorés. La peur de Muirgen l'empêchait de profiter du spectacle. Difficile d'être enthousiasmée par la beauté de la nature, quand on a la sensation d'être abandonnée et perdue.

 

Un long moment s'écoula avant qu'elle se décide à se lever et à se mettre en route. Ne sachant pas dans quelle direction Llewelyn voulait aller, elle en prit une au hasard. Grâce à son sens inné de l'orientation, elle ne retourna pas sur ses pas.

 

Pendant qu'elle marchait, tête baissée, Muirgen ne cessa de ruminer l'abandon dont elle était victime. Ces pensées l'obsédaient tellement qu'elle ne faisait pas attention à la beauté du paysage qu'elle traversait. Elle songeait aussi à ce qu'elle allait faire. Tourner en rond en se lamentant ne l'avancerait en rien. Cela, elle en était consciente. Elle était recherchée, avait dit Llewelyn. Le mieux était donc de disparaître et de changer de pays. « C'est bien beau de dire cela. Encore faut-il savoir comment procéder. Tu ne connais même pas ton propre pays, ma pauvre fille. Ah, t'es dans de beaux draps ! Tu n'étais jamais partie de Jelianis et tu te retrouves à marcher dans des lieux qui ne te disent absolument rien. »

Les poils sur ses bras se hérissèrent. Quelqu'un l'observait, caché. Elle était sûre que cet espion lui voulait du mal. Ce sont des choses qu'on sent d'instinct. On lui voulait du mal. Pourquoi ? Etait-ce ses poursuivants, les cinq hommes de l'auberge ? Elle tourna à demi la tête pour jeter un coup d'oeil derrière elle.

 

Ce n'était pas un mais plusieurs hommes qui l'espionnaient. Ces hommes n'étaient pas ceux de l'auberge. Elle ne les avait jamais vus. Ils affichaient un air menaçant et ses yeux ne parvenaient pas à se détacher des armes dans leurs mains. Elle était pétrifiée. Son cerveau avait beau donner l'ordre à ses jambes d'avancer, celles-ci refusaient de même tressaillir.

 

« Bouge, mais bouge, idiote ! Tu ne vas pas te laisser découper sans rien faire, enfin ! ». Inutile, elle avait trop peur et elle les voyait se rapprocher lentement. Elle ne pensa brusquement plus à rien et ferma les yeux. Elle n'entendit rien et ne sentit aucun choc.

 

Elle se risqua à ouvrir un oeil. Il n'y avait plus personne devant elle. Elle ouvrit l'autre oeil et resta bouche bée. Le paysage avait changé d'aspect, comme l'autre fois quand elle était avec Riordan. Elle n'était plus dans une piscine mais dans une vaste bibliothèque. La pièce n'avait pas de limites. Muirgen regardait de tous côtés et elle ne voyait que des rayons supportant toutes sortes de bouquins. Les étagères se perdaient dans le noir, serpentant parfois comme des serpents de bois. Elles s'élevaient jusqu'au plafond invisible, s'égarant dans la pénombre.

 

Des voix, sur sa gauche, lui firent tourner la tête. A l'instar des jeunes baigneuses dans la piscine, les nouveaux venus, quatre hommes et trois femme, n'avaient pas l'air tout à fait humains. Premièrement, ils avaient les yeux fendus d'une pupille verticale. Deuxièmement, à la place des pieds, ils avaient des sabots de cheval. Enfin, ils avaient une corne sur le crâne. « Où suis-je encore tombée ? ». Tout en se posant cette question, elle ferma les yeux.

 

- Mais qu'est-ce que tu fais ? hurla une voix familière, non loin.

Elle ouvrit les yeux, juste à temps pour voir les six malfrats juste devant elle, qui levaient leurs armes pour les abattre sur elle. « Non ! Je ne veux pas mourir ! ». Cette pensée chassa toute peur. Elle oublia tout et ne vit plus rien. Quand la vue lui revint, elle constata, non sans surprise, que les bandits étaient tous à terre, évanouis.

 

Elle tourna la tête et vit que Llewelyn la regardait avec effarement. Il se reprit et la tança sans ménagement :

- Pourquoi n'es-tu pas restée au campement ? J'avais entendu des bruits suspects et j'étais allé voir. Cela ne t'aurait rien coûté de m'attendre ! Tu te moques complètement de la vie ou quoi ?

C'était injuste. Aussitôt, le ressentiment qu'elle éprouvait en son encontre afflua. - Pardon ? J'aurais dû t'attendre, tu dis ? Quand je me suis réveillée, jétais toute seule, dans un endroit que je ne connaissais pas. Je t'ai attendue, tu ne ne revenais pas. Je n'allais quand même pas rester plantée là-bas toute ma vie. Je ne savais même pas si tu reviendrais ou pas ! Je croyais que tu m'avais abandonnée ! Je ne comprend rien de ce qui m'arrive, tu ne veux rien m'expliquer et après tu oses me dire que je me moque de la vie ? Ah ben non alors !

 

Son attaque le surprit. Elle crut qu'il allait riposter mais il n'en fit rien. Il cacha son visage de sa main, les épaules affaissées. Puis il la regarda de nouveau, une lueur d'excuse dans ses yeux bleus.

- Tu as raison, je n'ai pas le droit de te parler comme cela. Excuse-moi.

 

Muirgen n'était pas d'un naturel rancunier. Cependant, la peur et la solitude qu'elle avait ressenti étaient trop présentes pour qu'elle oublie facilement ses griefs. Elle n'essaya pas d'engager la conversation, comme à son habitude, et Llewelyn s'en sentit inexplicablement attristé. Il n'était pas très bavard et préférait cheminer en silence plutôt que de papoter, pourtant les questions de la jeune fille lui manquer. Il lui lança un regard. Elle marchait, sans faire attention à lui. Il soupira intérieurement. Il avait vraiment été nul avec elle. Il faut dire aussi qu'il avait eu vraiment peur et c'était ce sentiment qui avait dicté sa colère. En plus, la voir disparaître et reparaître d'un coup comme cela, cela lui avait fait un choc.

 

* * *

 

Pour comprendre ce qu'il se passa ensuite, il me faut vous raconter les événements, en apparence isolés, qui secouèrent Astraië.

Kemula s'interrompit et laissa son regard errer dans le vague.

 

Depuis trois ou quatre ans, dans tout Astraië, des personnes qui n'avaient aucun lien entre elles et étaient bien intégrées à la population étaient enlevées par des hommes en rouge et noir portant des capuches masquant leurs visages. Ce qu'elles devenaient ? Personne n'en avait aucune idée. Cela pouvait autant être des enfants que des adultes. Des proches de ces victimes avaient essayé de mener une enquête mais ils avaient vite été arrêtés et menacés de représailles. La tension couvait sur Astraië.

 

* * *

 

Muirgen finit par penser que c'était stupide de bouder la seule personne qu'elle côtoyait jour après jour. Pendant une courte pause, elle se décida à lui adresser à nouveau la parole. Elle eut peur qu'il ne lui réponde pas ou qu'il l'envoie promener. Elle fut donc ravie quand il lui sourit et qu'il lui répondit gentiment.

 

Le moment semblait propice à une petite discussion. Llewelyn baissa la tête un moment, plongé dans ses pensées. Muirgen ne fit rien pour les interrompre. Elle le regarda, sans mot dire, patiente. Il releva la tête et elle se cala confortablement contre le tronc de l'arbre derrière elle.

 

Cette partie de la forêt faisait face au sud-est. Les arbres n'y étaient plus des chênes mais des châtaigniers et des noisetiers. Un écureuil descendit prestement d'un arbre, proche de Llewelyn. Il fit un ou deux bonds grâcieux près du jeune homme, s'arrêta un moment pour le regarder et repartit en direction d'un autre arbre. Muirgen trouva cela extraordinaire. L'animal n'avait pas du tout eu peur. Elle regarda à nouveau son compagnon et vit qu'il l'observait lui aussi. Elle rougit. Son regard était si pénétrant.

 

- Tu m'as dit à plusieurs reprises que tu ne comprenais rien à ce qu'il étit en train de t'arriver. Je t'ai entraînée avec moi, sans rien t'expliquer. Il est donc normal que tu m'en es voulu. Je ne peux pas te raconter tout ce qu'il se passe et ce pour deux raisons. La première est que ce serait bien trop long et nous n'avons pas beaucoup de temps. La seconde est que moi-même je ne suis pas au courant de tout.

- Si tu me racontais ce que tu sais, j'en serai satisfaite. Là, j'ai l'impression d'avancer dans le noir.

- D'accord. Dis-moi, que connais-tu du monde ?

- Pratiquement rien. Je sais juste que la ville que j'habitais s'appelait Jelianis et que nous sommes dans le royaume d'Ikerijan et que cette terre s'appelle Astraië. Je sais qu'il existe d'autres pays, mais je ne connais pas leur nom.

- Tu n'es jamais allée à l'école ?

- Non, je n'ai pas de famille et j'avais des enfants à charge. Il fallait bien que je travaille pour les nourrir.

- Je vois. Sur Astraië, il y a un empire, Alisard, dont l'empereur veut conquérir le monde. Cet empereur déteste tout ce qui sort de l'ordinaire et les hommes que tu as vu à l'auberge sont ses sbires. On les appelle les Inquisiteurs et ils traquent tout ce qui est contre la Morale de sa Majesté. Dans l'auberge et aussi ce matin avec les bandits, tu as fait quelque chose qui est contraire à leur éthique. C'est pour cela qu'ils en ont après toi.

- Qu'est-ce que j'ai fait ?

 

Il détourna brusquement la tête et ne l'écouta plus. Il bondit sur ses pieds, aux aguets. Muirgen se leva aussi, l'air interrogatif. Il se tourna à nouveau vers elle.

- Ils nous ont rattrapés. Je ne sais pas comment ils ont fait mais nous devons partir au plus vite.

Le coeur de Muirgen s'accéléra. Elle écouta avec crainte les bruits de la forêt. Elle était tétanisée. S'ils l'avaient retrouvée c'est qu'il n'y avait aucune chance de leur échapper, malgré les efforts de Llewelyn. Peut-être valait-il mieux se rendre.

 

Comme s'il avait deviné ses pensées, le jeune homme l'attrapa par le poignet et secoua la tête, l'air de dire « Ca ne va pas, non ? ». Ils coururent à travers les arbres comme jamais ils ne l'avaient fait auparavant. Le pied sûr de Llewelyn évitait tous les petits pièges naturels formés par les racines des arbres. Muirgen s'efforçait au mieux de le suivre.

 

Pendant qu'ils couraient, Muirgen entendit une nouvelle fois le chant superbe entendu la nuit précédente. Elle lança un coup d'oeil à son compagnon. Ce n'était pas lui qui chantait. Il s'était arrêté et restait immobile, le nez en l'air, à écouter. « Mais qu'est-ce qu'il fait ? Les Inquisiteurs vont nous retrouver ? »

Elle voulut reprendre la fuite quand il lui fit signe d'un geste de rester tranquille.

- Mais..., protesta-t-elle.

- Chut ! Ecoute ! Nous n'avons plus rien à craindre.

- Que veux-tu dire ?

- Ce chant est un chant d'espoir. Des gens sur qui nous pouvons compter s'occupent de nos poursuivants.

- Comment sais-tu cela ?

- Ce chant est le Chant des Sidhs.

Par Ithilindil - Publié dans : Premier Rouleau : le Chant des Sidhs - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Vendredi 23 octobre 2009
Bonjour à tous les visiteurs et tous les lecteurs qui prennent le temps de s'arrêter sur mon blog.

Je veux d'abord vous dire un grand merci. C'est toujours un plaisir de voir qu'on a eu de la visite. Surtout n'hésitez pas à laisser un commentaire, cela fait également plaisir. Ecrire m'apporte beaucoup de bonheur et j'espère vous le retransmettre à travers mes phrases. En somme, j'espère que vous prenez plaisir à lire cette histoire.

Comme nous en sommes à la fin du Premier Rouleau, je veux faire une pause et en profiter pour me présenter. Je suis Ithilindil, le Lys de la Lune, dans un méli-mélo de Quenya et de Sindarin (je m'en excuse auprès des puristes de l'elfique). J'ai créé mon pseudo en elfique parce que j'adore ces langues, d'une part et parce que j'adore la lune et les lys, d'autre part. Mon véritable prénom est Gwladys. C'est un prénom d'origine Galloise comme le Sindarin. Le monde est petit, n'est-ce pas ? Bon, ceci n'est pas le plus important mais j'avais envie de le dire.

Que puis-je dire de moi ? Je suis née le 20 octobre 1983 à Figeac, une petite ville du Lot qui est aussi la ville natale de Champollion pour ceux qui s'intéressent à l'égyptologie. Depuis l'âge de deux ans, je veux être écrivain. Je crois même qu'avant de savoir parler et marcher, c'était déjà mon rêve. J'ai toujours écrit des histoires ou imaginé des histoires dans ma tête. Ca n'arrête pas. Cela fait partie de mon identité. Outre l'écriture, j'ai d'autres centres d'intérêts, mais ça j'en parlerai dans un prochain article.
Par Ithilindil - Publié dans : Ithilindil - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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De qui parle-t-on?

  • : la Saga de Morgane
  • morganeetlessecretsdupasse
  • : Voyages Magie Passé du Secrets Littérature
  • : Pourquoi Muirgen peut-elle se projeter instantanément dans des endroits inconnus ? Pourquoi les Inquisiteurs en ont-ils après elle ? Pour le découvrir, elle va devoir retrouver les Secrets du Passé.
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