Les gazouillis des oiseaux et la tiédeur matinale des rayons des soleils réveillèrent Muirgen en douceur. Ses beaux yeux
s'ouvrirent sur des petites feuilles auréolées d'une lumière dorée. La douleur au dos s'était estompée, la bosse avait diminué. Par contre, elle avait toujours mal à la tête. Loin de baisser
cette douleur empirait et lui provoquait des nausées. Poussée par un accès, elle se leva et s'éloigna pour vomir.
Elle se débarbouilla comme elle le put avec les herbes et les feuilles. Elle avait un goût acide, horriblement désagréable dans la
bouche. Elle ne pourrait s'en débarrasser qu'en se lavant la bouche à l'eau et il ne lui tardait qu'une chose,
trouver un point d'eau. Elle alla réveiller Riordan et ils se remirent en route.
C'était le début du printemps et la nature était généreuse. Ils purent se substenter avec des baies récoltées sur le chemin. En fait, ce fut Riordan qui mangea car
le goût âcre dans sa bouche coupait l'appétit de Muirgen.
En regardant le petit garçon cueillir des baies, l'adolescente fut surprise de voir que ses bleus et ses coupures avaient presque
totalement disparu. Elle jeta un coup d'oeil sur ses propres plaies et constata qu'elle n'avait pas eu cette chance. Bah ! Il y avait plus urgent à penser. Trouver un ruisseau, par
exemple...
Au milieu de la matinée, leur route croisa une rivière. Avec une joie sauvage, Muirgen s'y précipita, s'allongea et se rinça la bouche à plusieurs reprises avant de
boire de longues gorgées. Plus posé, son petit compagnon but aussi.
A présent qu'elle se sentait mieux, Muirgen pouvait réfléchir posément.
- Riordan, nous ne pouvons pas errer indéfiniment. Nous devons nous fixer un but. J'aimerais retrouver mes « enfants », savoir s'ils sont sains et saufs.
Mais dans l'immédiat, je voudrais que nous dénichions un village ou même un hameau.
Elle réfléchit. Sa connaissance du monde était limitée à Jelianis, ce qui était vraiment très très peu. Elle avait appris à se repérer par rapport aux soleils, ce
qui était très utile, mais c'était à peu près tout. A part savoir qu'ils se dirigeaient vers le sud, elle ne savait pas du tout où ils étaient. L'angoisse l'étreignit soudain. Elle, une jeune
fille de quatorze ans et demi, ignorante, était perdue dans un pays inconnu avec un enfant à charge. Elle se sentait terriblement seule et désemparée. Elle lutta pour chasser les larmes. Il
fallait qu'elle se montre forte. C'était elle l'aînée, c'était à elle d'être le pilier du duo.
Riordan effleura son épaule, attirant son attention. Ce fut une surprise de découvrir qu'ils n'étaient plus seuls sur la berge. Une petite fille les avait rejoints.
A première vue, elle devait avoir neuf ans. Même si sa tenue vestimentaire n'était pas très élaborée, on ne pouvait pas dire qu'elle était pauvre. Elle était de la même taille que Riordan. Son
visage avait un menton pointu et était mangé par deux immenses yeux noisette. Ses cheveux bleus tombaient sur sa taille. Elle avait l'air effrayée. Muirgen fit un mouvement vers elle. La petite
poussa un cri d'effroi et s'enfuit. Malgré sa petitesse, elle était véloce et, de toute manière, le mal de tête de Muirgen lui interdisait tout mouvement hâtif.
La journée s'écoula sans qu'ils croisent ne serait-ce qu'une maison. Soit la région n'était pas beaucoup habitée, soit ils n'avaient pas de chance. Dans tous les
cas, ils prenaient toujours la direction du sud.
* * *
Si dans ses jeunes années, l'empereur Jofris Barzen avait été avisé et plein d'esprit, ce n'était plus le cas maintenant. Ses vieux jours le rendaient amer, jaloux
et vindicatif. Il n'avait jamais été très philantrope et, il faut bien le dire, il était xénophobe. C'était sans doute pour cela qu'il ne supportait pas d'avoir des liens avec la famille Juzen,
des étrangers ! Depuis quelques mois, il avait mis en place des mesures pour débusquer les gens qui ne correspondait pas à son idéal humain et les éliminer. Pour cela, il avait élargi le pouvoir
des Inquisiteurs et ceux-ci s'étaient infiltrés dans les autres pays, se mêlant souvent au pouvoir en place.
A cause de ces mesures et de la politique d'expansion plus ou moins avouée de l'empereur, de multiples personnes furent exécutées ou exilées. Si ce n'était pas
encore très visible à l'étranger, la situation à Alisard était catastrophique. Les villages fantômes étaient innombrables. Chaque jour, des gens étaient jetés dehors, chassés de leur maison par
des fonctionnaires au service des Inquisiteurs. Il ne se passait pas un jour sans qu'il y ait au moins une exécution publique.
* * *
- Maîtresse ? dit la voix de l'invisible Van'a. J'ai de nouvelles informations à vous communiquer.
- Tu peux te montrer et me faire ton rapport, répondit Eale.
La petite personne apparut. Elle affichait une mine soucieuse.
- As-tu du nouveau au sujet du complot ?
- Malheureusement, non. Je mène toujours l'enquête mais il semble que rien ne bouge de ce côté-là. Par contre, j'ai appris que de terribles événements se
produsaient à Alisard.
- Je sais, Alan m'en a entretenue ce soir.
- Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'à Aleutherian aussi, il commence à y avoir des gens persécutés.
Eale bondit sur ses pieds. Elle faisait souvent des excursions dans la région et elle n'avait vu personne se faire expulser de chez elle ou être exécutée.
- Tu veux dire que le frère d'Alan prendrait également ces mesures discriminatoires et injustes ?
- Non, il ne semble pas au courant. Dans notre pays, ces cas sont encore rares. Il semblerait qu'un groupe d'individus soit derrière tout cela. Un groupe venu
d'Alisard d'après leur parler.
- Si c'est le cas, c'est une ingérence d'Alisard dans un pays étranger. L'empereur le sait. Pourquoi se risquerait-il à provoquer des incidents diplomatiques
?
- Ce n'est pas vraiment un secret que Jofris Barzen de Valisard n'aime pas beaucoup la famille Juzen et qu'il rêve d'agrandir son empire avant de mourir.
- Tu crois que ces hommes inconnus travaillent pour lui ?
- J'en suis persuadée.
Perdue dans ses réflexions, Eale hocha la tête et congédia Van'a d'un geste.
Quelques minutes plus tard, on frappa à la porte de sa chambre. Le signal était clair. Son amant voulait la voir. Le plaisir qu'elle avait de le voir effaça son
inquiétude. Elle avait eu le coup de foudre pour lui et c'est pour cela qu'elle lui avait sauvé la vie dans la gorge. Elle craignait de le perdre un jour. Si cela devait arriver, elle savait ne
pas pouvoir lui survivre.
Sachant que l'invitation n'était pas expresse, elle prit le temps de se faire belle et de mettre une jolie robe de brocart blanc. Le tissu immaculé tranchait sur sa
peau bleu nuit. Elle était superbe.
* * *
Plusieurs heures après un plaisir partagé, Eale et Alan Juzen en vinrent à discuter de choses sérieuses. La jeune femme sentait que son amant avait besoin de
s'épancher et avait habilement orienté la conversation dans ce sens.
- Tu sais, Eale, je crains de ne pas être un bon seigneur ni un bon soutien pour le roi, mon frère.
- Ne dis pas cela. Tu es un seigneur capable. Tes sujets sont heureux, ils mangent à leur faim, tu es à leur écoute. Quant à être le soutien de ton frère, tu sais
le conseiller et s'il écoute tous les seigneurs, c'est quand même ton avis qu'il suit à la fin. Ton frère est un homme intelligent et perspicace. La confiance qu'il te porte est une garantie
quant à ta capacité de régir une contrée. Au fond de toi, tu le sais pertinemment. Dis-moi plutôt ce qui te tracasses réellement.
- Décidément, on ne peut rien te cacher. J'ai entendu parler des réfugiés et des gens persécutés à Alisard parce qu'ils ne correspondent pas aux critères requis par
sa Majesté Jofris. Depuis quelques semaines, les mêmes exactions se produisent ici. Moins nombreuses évidemment, mais, sous le couvert de la religion, des gens en profitent pour régler leurs
comptes. J'essaie de prendre des mesures adaptées pour contrôler ces débordements. Ce n'est pas suffisant. Je crains que tout cela ne déborde dans les semaines à venir.
Eale ne répondit pas. L'inquiétude d'Alan était pareille à la sienne. Elle plongea son regard sombre dans le sien et lui caressa le bras...
* * *
A nouveau, les deux comploteurs se réunirent. Comme la première fois, ils s'étaient masqués et s'étaient retrouvés dans un couloir sombre et abandonné.
- Les préparatifs sont bien avancés, dit le premier. Nos alliés ont fini de tout mettre en place de leur côté. Notre contact va arriver dans les jours prochains et
j'ai trouvé un moyen de le faire venir ici, sans le faire remarquer.
- Parfait, parfait, se réjouit l'autre.
* * *
Après le mois d'Ostara, il y avait le mois de Sitabel. Muirgen et Riordan avaient voyagé jusque dans les régions méridionales d'Ikerijan. Au bout de quelques jours,
le mal de tête et les plaies de Muirgen s'étaient complètement résorbées. Celles de Riordan avaient guéri en l'espace de deux ou trois jours, ce qui étonnait toujours la jeune fille quand elle y
songeait.
Ils avaient souvent dormi à la belle étoile, une ou deux fois dans une grange. Ils s'étaient nourris de baies sauvages, s'étaient désaltérés avec l'eau des
rivières. Ce régime frugal les avait amaigris. Une affection profonde les liait à présent. Chacun n'avait que l'autre au monde à présent. Muirgen évitait de penser à ses protégés. Si elle le
faisait, ses douleurs se réveillaient. Elle ne pouvait pas changer la situation actuellement et il ne servirait à rien de s'obstiner à vouloir les retrouver à tout prix. Il lui fallait d'abord
améliorer leur situation à Riordan et elle.
Vers le troisième jour de Sitabel, ils parvinrent à un bourg. Sa population était de cent personnes. C'était beaucoup moins qu'à Jelianis mais au moins ils
pouvaient croiser d'autres humains qu'eux-mêmes.
La coutume ikerijane voulait que l'on accueille tout voyageur, même s'il était sans le sou, et qu'on lui offre le gîte et le couvert. Ainsi, Muirgen et Riordan
purent-ils trouver une auberge. C'était une auberge-relais, une de ces auberges faisant partie d'une chaîne installée dans tout le pays. Les clients étaient surtout des hommes, des voyageurs.
Toutes les tables, sauf une, étaient occupées. Une jeune serveuse du nom de Flora installa Muirgen et Riordan à cette table, dans le fond de la salle.
- Je vous apporte le repas. Il s'agit d'une soupe, des tranches de pain épaisses et du fromage.
- Cela a l'air appétissant, répondit Muirgen, heureuse de manger autre chose que des fruits. Dites-moi, où sommes-nous ici ?
- Vous nêtes pas de la région, n'est-ce pas ? Ici, nous sommes à Kehis.
- Non, nous sommes de Jelianis.
Un des voyageurs de la table voisine entendit la réponse de Muirgen. Il sursauta.
- Vous êtes de Jelianis ?
- C'est ce que je viens de dire.
- J'ai entendu dire que la ville avait été détruite par un tremblement de terre.
- C'est vrai, Riordan et moi y avons échappé de justesse. Pourquoi ?
- Un tremblement de terre à Jelianis ? C'est impossible, intervint un autre voyageur.
- Pourtant, il y a bien eu un séisme, nous sommes bien placés pour l'affirmer.
- J'ai entendu qu'un groupe d'inconnus affirmaient que cette catastrophe était un signe que la colère de la Déesse était grande et qu'il fallait prendre des mesures
draconniennes pour apaiser sa colère, reprit le voyageur incrédule.
- Quelles mesures ? demanda l'autre.
- Traquer et éliminer tout individu semblant sortir de l'ordinaire. C'est tout ce que je sais.
- Peuh ! C'est du n'importe quoi tout cela.
Le repas fut exquis au palais affamé de Muirgen. En vérité, la nourriture servie dans l'auberge était excellente. La soupe était bien accomodée, le fromage à point,
le pain croustillant. Les estomacs affamés appellent le sommeil. Muirgen et Riordan ne tardèrent pas à aller se coucher.
Leur chambre était petite, un vieux plancher sur le sol, des murs de plâtre nus. Le mobilier se résumait à deux planches posées sur des pilotis et recouvertes d'un
matelas et d'une couette. La couche était un peu dure mais c'était tout de même mieux que de dormir à même le sol.
Le lendemain, au milieu de la matinée, Muirgen et Riordan descendirent dans la grande salle. Celle-ci était presque vide. Tous les voyageurs étaient déjà repartis.
Il n'y avait qu'un client solitaire, dans un coin, et un groupe de cinq hommes dans un autre. La jeune fille frissonna en les voyant. Ils se tenaient bien droits et avaient la tête toute
recouverte par une capuche à bout pointu. Leur habit était noir et rouge et sur la poitrine était dessiné un glyphe.
Flora vint apporter le petit déjeuner à Muirgen et Riordan. La jeune fille en profita pour lui demander qui étaient ces hommes.
- Je ne les avais jamais vus avant aujourd'hui, chuchota la serveuse. Ils me font peur, en tout cas.
- Moi aussi, je me demande ce qu'ils sont venus faire ici.
- Tout ce que je veux, c'est qu'ils s'en aillent au plus vite.
Muirgen et Riordan mangeaient tranquillement quand les cinq hommes vinrent à leur table.
- Nous avons une question, dit le premier, péremptoire.
- Hein ? Mais, nous ne savons rien, bégaya Muirgen.
- Nous sommes à la recherche d'hérétiques pour le compte de l'Empereur d'Alisard. La Déesse exige de nous que nous purifiions cette terre et toute aide est la
bienvenue.
- Je n'y comprend rien. De quoi parlez-vous ?
- Ne faites pas l'innocente, mademoiselle. Vous savez très bien que votre jeune ami en est un.
Etonnée, Muirgen se tourna vers Riordan. L'enfant était pétrifié et livide.
- Vous racontez n'importe quoi. Riordan est un petit garçon, un orphelin.
- Balivernes ! Nous avons des instructions précises et nous l'emmenons avec nous.
- Jamais ! Je ne vous laisserez pas faire !
« Mais qu'est-ce que je raconte, moi ? Ils sont cinq. Ils ne feront qu'une bouchée de moi. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Riordan. »
Muirgen s'était levée et faisait bouclier entre les inconnus et Riordan. L'inconnu qui lui avait adressé la parole reprit :
- Inutile de t'y opposer, tu ne pourras rien contre nous. La Déesse est avec nous et nous sommes invincibles.
« Pff ! N'importe quoi ! Pour qui se prend-il, celui-là ? » Cela en était presque risible.
L'un des inconnus fit le tour de la table, sans que Muirgen le remarque, et attrapa le bras de Riordan. Le garçon cria. Son cri déclencha quelque chose dans le
cerveau de la jeune fille. Elle sentit un éclair traverser son corps et son sang se mit à bouillir. La nuit obscurcit brusquement le monde.
Lorsque le jour revint, la scène qui se déroulait devant ses yeux était devenue irréelle. L'homme qui tenait Riordan avait été projeté à deux mètres de leur table
et, dans sa chute, avait renversé une table et plusieurs chaises. Il gisait, assommé. Les quatre autres ne bougeaient pas, comme stupéfiés. Avant qu'ils ne reprennent leurs esprits, Muirgen prit
la main de Riordan et l'entraîna vers dehors.
Il y avait foule dans le bourg. Les échoppes étaient toutes ouvertes. Des femmes balayaient le devant de leur maison. Des porteurs faisaient la navette entre les
maisons et les échoppes. Des enfants couraient en zizaguant entre les passants.
Personne ne fit attention aux deux enfants qui couraient hors de l'auberge, poursuivis par quatre hommes masqués. Muirgen tenait fermement la main de Riordan. A
aucun prix, elle ne voulait la lâcher. Le petit garçon était en danger, elle n'avait absolument pas le droit de le perdre.
Ils s'engouffrèrent dans la première rue qu'ils rencontrèrent. La foule était si compacte qu'ils devaient jouer de coude pour passer et cela ralentissait
considérablement leur allure. Tout à coup, Riordan trébucha contre une pierre. Il lâcha la main de Muirgen qui, dans sa panique, ne s'en aperçut pas.
Elle entendait les vociférations de leurs poursuivants et ne souhaitait qu'une chose leur échapper. Pourquoi en avait-il après Riordan ? Riordan ! Où était-il ?
Elle ne sentait plus sa main dans la sienne. Depuis quand ? Elle réfléchit à toute allure. Elle devait l'avoir perdu dans la rue pleine de monde. C'était trop loin pour y retourner. Elle ne
pouvait pas l'abandonner ! Si elle y allait, elle se ferait prendre à coup sûr. Ce serait de la lâcheté que de laisser tomber Riordan. Elle avait promis de le protéger.
- N'y vas pas. Tu ne peux rien pour lui, pour le moment.
Révoltée, Muirgen fit volte-face. Un adolescent la toisait. Elle reconnut le client solitaire de l'auberge.
- Qu'est-ce que vous racontez ? Et en quoi cela vous concerne-t-il, en plus ?
- Cela ne me concerne en rien, effectivement. Cependant, laissez-moi vous informer que ces gens ne sont pas des plaisantins. Votre ami a réussi à leur échapper. Il
ne craint rien, il possède des atouts que vos ennemis ne soupçonnent pas ni vous, d'ailleurs. Moi, la personne qui m'inquiète, c'est vous.
- Moi, pourquoi ?
- Parce que maintenant, c'est vous qu'ils veulent.
- Je ne comprend pas. Dans l'auberge, ils en avaient clairement après Riordan. Selon vous, ils ont changé de cible ? Et puis, d'abord, pourquoi lui en voulaient-ils
?
- Pas le temps de tout vous expliquer. Sachez seulement que votre petit exploit dans l'auberge a attiré toute leur attention sur vous. Qu'est-ce qui vous a pris de
faire cela ?
Son ton était réprobateur.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? Je ne me souviens de rien.
Ses yeux bleus s'écarquillèrent d'étonnement. Il ne dit rien, toutefois.
- Venez, fit-il en lui prenant la main et en l'entraînant dans une course folle.
* * *
Kemula, qu'est-il arrivé à Riordan, Maxence, Yan et Lian ?
La conteuse adressa un sourire à la petite Tiora. La fillette avait toujours eu le don de lui rappeler tous les situations d'une histoire. S'il lui arrivait
d'oublier des personnes, la jeune âme demandait ce qu'elles étaient devenues et Kemula y répondait.
Je te raconterai plus tard, ce qui leur est arrivé. C'est un morceau d'histoire un peu long et qui est à part de cette histoire.
* * *
A Aleutherian et à Ikerijan, au mois de Sitabel,
des troupes de saltimbanques et de troubadours ambulants visitaient les villes et les villages. Les gens attendaient leur venue avec impatience car c'était l'un des seuls moments de détente de
l'année.
Les deux groupes qui arrivèrent à Ternimbourgh et à Ferimbourgh, la capitale du royaume, étaient les meilleures troupes d'amuseurs professionnels. Ils entrèrent
dans les cités en liesse. Les enfants couraient autour de leurs chevaux et de leurs carrioles en criant de joie. Les adultes souriaient et applaudissaient.
Deux semaines entières de bonheur, soit seize jours, allaient débuter.
* * *
Grâce à l'inconnu, Muirgen put se sauver du bourg sans difficulté. Il la conduisit à travers la campagne, dans une direction inconnue et ne s'arrêtèrent que
lorsqu'ils furent hors de vue des habitations, dans une forêt.
Muirgen s'appuya contre un tronc d'arbre pour reprendre son souffle. Cette fuite l'avait essoufflée. Le jeune homme, lui, ne transpirait même pas.
- Qui êtes-vous ?
Il se tourna vers elle.
- Peu importe qui je suis. Tu dois juste savoir que je m'appelle Llewelyn.